Nabil Benabdallah : Un politique chevronné face au défi de l’école

Ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire, de la formation professionnelle et de la qualification.

À peine nommé, Nabil Benabdellah se retrouve déjà confronté à la colère des enseignants du préscolaire, qu’il a appelés mardi 20 octobre , sur la première chaîne, à reporter leurs mouvements de protestation jusqu’à l’installation effective du nouveau gouvernement. Tout en reconnaissant la légitimité et l’urgence de certaines revendications, le ministre a souligné que leur traitement nécessitait du temps. À 67 ans, Mohammed Nabil Benabdallah,  qui revient au gouvernement comme ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification, n’a plus grand-chose à apprendre des arcanes du pouvoir. Mais c’est peut-être le plus grand défi de sa longue carrière politique qui l’attend désormais : remettre l’école marocaine sur les rails.

Né à Rabat le 3 juin 1959, diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) de Paris, avec une spécialisation en relations internationales, cet interprète-traducteur assermenté a fait ses premières armes au sein du Parti du progrès et du socialisme (PPS), qu’il a rejoint dès 1978. Militant de longue date, passé par les organisations de jeunesse du parti et la direction des quotidiens Al Bayane et Bayane Al-Yaoum, il a progressivement gravi les échelons jusqu’à prendre les commandes du PPS en mai 2010, fonction à laquelle il a été reconduit à plusieurs reprises. Son parcours est celui d’un homme politique rompu à la communication, aux négociations et aux compromis gouvernementaux. Nommé ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement en 2002, il a occupé ce poste jusqu’en 2007, avant de devenir ambassadeur du Maroc à Rome en 2008. Son retour au gouvernement en 2012 l’a conduit à piloter plusieurs départements liés à l’habitat, à l’urbanisme, à l’aménagement du territoire et à la politique de la ville, jusqu’en octobre 2017. Autant d’expériences qui lui ont permis de se familiariser avec les rouages de l’administration et les contraintes de l’action publique. Son passage à l’Habitat avait notamment fait de lui l’un des visages politiques du gouvernement dirigé par Abdelilah Benkirane. Au-delà des fonctions ministérielles, Benabdallah est surtout un animal politique qui a su durer dans un paysage partisan souvent marqué par l’instabilité et l’effacement des formations historiques.

À la tête du PPS depuis plus de seize ans, il a maintenu le parti dans le jeu politique national, en défendant son ancrage progressiste et ses revendications de justice sociale, malgré les difficultés rencontrées par la gauche marocaine. Son tempérament combatif et son aisance dans le débat public lui ont permis de rester un interlocuteur qui compte dans les négociations politiques. Car si les arcanes de la politique lui sont familières, celles de l’école marocaine constituent un tout autre terrain. Le nouveau ministre hérite d’un système confronté à des difficultés structurelles : faiblesse des acquis scolaires, disparités territoriales, décrochage, déficit d’attractivité de l’école publique et décalage entre les formations dispensées et les besoins du marché du travail. À cela s’ajoute l’enjeu de la généralisation d’un enseignement préscolaire de qualité. Son portefeuille, qui englobe également la formation professionnelle et la qualification, lui offre théoriquement la possibilité de mieux articuler les différents niveaux du parcours éducatif, de la petite enfance à l’insertion professionnelle. Encore faut-il que cette architecture administrative se traduise par une véritable cohérence pédagogique et des résultats mesurables.

Le défi est d’autant plus immense  que la crise de l’école ne se résume ni à un problème de gouvernance ni à une question de moyens budgétaires. Elle touche à la qualité de l’enseignement, à la formation des enseignants, à l’encadrement pédagogique et à la capacité de l’institution scolaire à réduire les inégalités sociales plutôt qu’à les reproduire. Le nouveau ministre devra aussi composer avec les attentes des familles, les revendications des professionnels de l’éducation et les résistances que suscite toute réforme en profondeur. Pour Nabil Benabdallah, le changement de portefeuille marque donc un changement de dimension. A lui de démontrer que le savoir-faire du négociateur peut se transformer en capacité de réforme et que l’école publique peut redevenir une promesse crédible d’ascension sociale. Dans ce ministère où les réformes se succèdent et où les résultats tardent à convaincre, son véritable examen de passage ne se jouera ni au Parlement ni dans les conseils de gouvernement , mais dans les salles de classe. 

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