En s’offrant 67 % de la BMCI, Holmarcom orchestre bien plus qu’un rachat : une mise en commun stratégique des leviers bancaires et assurantiels pour peser durablement sur l’échiquier financier national.
Ahmed Zoubaïr
Une recomposition d’ampleur est en cours dans le paysage bancaire marocain. La signature d’un accord portant sur la cession de 67 % du capital de la BMCI par BNP Paribas à Holmarcom marque un tournant à la fois capitalistique et stratégique. La finalisation de l’opération, attendue d’ici la fin de l’année sous réserve des autorisations de Bank Al-Maghrib et du Conseil de la concurrence, s’inscrit dans un mouvement plus large de rééquilibrage du secteur au profit d’acteurs nationaux.
Au-delà de la simple transaction, cette acquisition s’insère dans une dynamique de consolidation accélérée. En intégrant la BMCI à son périmètre, Holmarcom, dirigé par Mohamed Hassan Bensaleh, franchit un cap décisif et s’impose comme un pôle bancaire de premier plan, désormais positionné derrière Attijariwafa Bank, Banque Centrale Populaire et Bank of Africa. Le nouvel ensemble affiche une taille critique significative, avec un produit net bancaire consolidé renforçant sa capacité d’investissement, d’innovation et de conquête commerciale. La portée stratégique de l’opération pour le groupe Bensaleh est multiple. D’abord, elle accélère la transformation du groupe en acteur financier intégré. Déjà structuré autour de Crédit du Maroc et de AtlantaSanad, le pôle financier devient le cœur du modèle de création de valeur. Cette montée en puissance ouvre la voie à des synergies transversales : bancassurance, financement structuré, gestion d’actifs et services spécialisés. L’enjeu est clair : capter davantage de valeur sur l’ensemble de la chaîne financière, tout en fidélisant une clientèle à travers une offre intégrée.
Ensuite, l’acquisition confère à Holmarcom un levier d’optimisation opérationnelle. La complémentarité entre BMCI et Crédit du Maroc offre plusieurs scénarios stratégiques : fusion pour générer des économies d’échelle, maintien de deux enseignes distinctes pour adresser des segments différenciés, ou spécialisation progressive des réseaux. Dans tous les cas, la rationalisation des coûts, la mutualisation des systèmes d’information et l’optimisation du maillage territorial constituent des gisements de performance importants. Sur le plan concurrentiel, cette opération renforce la souveraineté financière nationale. Elle s’inscrit dans un mouvement de retrait progressif des groupes bancaires français, illustré récemment par la cession des activités de Société Générale au Maroc. La BMCI représentait l’un des derniers ancrages historiques de cette présence. Son passage sous contrôle marocain traduit une reconfiguration des équilibres, où les groupes locaux prennent le relais avec des stratégies plus alignées sur les dynamiques domestiques et africaines.
Pour BNP Paribas, il ne s’agit toutefois pas d’un désengagement total, mais d’un recentrage. Le maintien des activités de banque de financement et d’investissement ainsi que de Arval Maroc traduit une volonté de préserver une présence ciblée sur des segments à plus forte valeur ajoutée, en cohérence avec une logique globale d’allocation de capital.
Enfin, cette transaction conforte le positionnement du Maroc comme hub financier régional. Dans un environnement africain marqué par une intensification des flux d’investissements et des besoins en financement, l’émergence d’acteurs nationaux de grande taille constitue un atout stratégique. Elle permet non seulement de soutenir le financement de l’économie locale, mais aussi de renforcer les capacités d’expansion sur le continent.
Reste désormais la question de l’exécution. Le succès de l’opération dépendra de la capacité de Holmarcom à intégrer efficacement la BMCI, à clarifier son architecture bancaire et à déployer une stratégie lisible. Plus qu’un simple changement d’actionnariat, c’est la construction d’un véritable groupe financier intégré qui se joue avec, en toile de fond, l’ambition de peser sérieusement dans la recomposition du secteur bancaire marocain et africain.w








