Quatre jours après la spectaculaire vague de tentatives de migration irrégulière vers Sebta et Melilla, qui a suscité une avalanche de vidéos, de commentaires et de spéculations sur les réseaux sociaux, les autorités marocaines sortent enfin de leur silence.
Dans une déclaration officielle lue ce 2 août 2026 devant les caméras de la télévision, le porte-parole du ministère de l’Intérieur a livré la première version officielle sur ces tristes événements. Dans sa réaction, le ministère de l’Intérieur affirme que les récents mouvements migratoires vers Sebta et Melilla n’ont rien de spontané. Selon lui, ils résultent d’une combinaison de facteurs, notamment la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, l’action des réseaux de trafic d’êtres humains et une mauvaise interprétation de certaines dispositions juridiques, ayant fait croire à un accès facilité à l’Europe.
Le ministère indique avoir adopté une approche préventive fondée sur le renforcement de la surveillance et de la mobilisation des forces de sécurité, ce qui a permis, selon lui, de maîtriser la situation et de sécuriser les frontières. Les autorités avancent le chiffre d’environ 40.000 candidats au passage vers Sebta et 1.135 vers Melillia, précisant que toutes les personnes parvenues à Melilla ont été immédiatement reconduites.
Le bilan humain fait état d’un décès accidentel après une chute et de dix morts par noyade. Les autorités expliquent que la faible distance séparant les côtes marocaines de Sebta a donné à certains migrants un faux sentiment de sécurité, les conduisant à sous-estimer les dangers de la traversée. Elles précisent également que les informations faisant état d’autres décès font toujours l’objet de vérifications avec les autorités espagnoles.
Le ministère annonce enfin l’ouverture d’enquêtes judiciaires afin de déterminer les responsabilités et réaffirme que la gestion de la migration irrégulière repose sur une responsabilité partagée avec les partenaires internationaux, tout en soulignant l’engagement du Maroc à lutter contre les réseaux de trafic d’êtres humains, à protéger ses frontières et à préserver l’ordre public dans le respect de l’État de droit.
Si le ministère de l’Intérieur s’est longuement attardé sur les causes de cette vague migratoire, les chiffres des candidats au départ, le bilan humain et les mesures de sécurisation mises en œuvre, le porte-parole est en revanche resté silencieux sur une question qui a pourtant suscité de nombreuses interrogations : l’absence apparente des forces de sécurité lors des premières heures de ce mouvement massif vers Sebta. Plus largement, ce communiqué laisse un sentiment d’inachevé. S’il apporte la première lecture officielle des événements, il ne répond pas à plusieurs interrogations soulevées par les citoyens et les observateurs : comment un tel rassemblement de dizaines de milliers de personnes a-t-il pu se constituer ? Pourquoi les dispositifs de sécurité n’ont-ils pas semblé intervenir plus tôt ? Les autorités disposaient-elles d’informations préalables sur l’ampleur du mouvement ? Et surtout, comment expliquer qu’un tel déferlement ait pu se produire précisément le 30 juillet, jour de la Fête du Trône, l’un des événements les plus importants de l’année en matière de sécurité et de mobilisation des autorités ? Autant de questions qui demeurent sans réponse et qui continuent d’alimenter les spéculations autour de la gestion de cette crise migratoire sans précédent.








