Mouloud Benzadi*

Parmi les citations les plus marquantes attribuées à Walter Scott, romancier et poète écossais, figure celle-ci: « La guerre est le seul jeu dans lequel les deux camps perdent. » En une phrase, Scott exprime une vérité universelle qui dépasse les frontières et les idéologies: derrière toute victoire ou défaite se cache une réalité humaine commune, celle des pertes subies par les deux camps. Chaque guerre, qu’elle soit brève ou prolongée, limitée ou de grande ampleur, ciblée ou indiscriminée, met notre conscience morale à l’épreuve et laisse une empreinte sombre dans l’histoire de l’humanité. Lorsque les êtres humains font la guerre, seule la victoire semble compter. Pourtant, derrière chaque victoire se cachent des morts, des destructions et des blessures psychologiques qui ne disparaissent pas toujours avec le temps. Le coût de la guerre ne se mesure pas seulement en vies perdues, mais aussi en économies ravagées, en infrastructures détruites et en sociétés fracturées. Elle nourrit la peur, érode la confiance et fragilise la paix. Le conflit américano-iranien de 2026 l’illustre : malgré sa durée relativement courte, ses conséquences ont dépassé les frontières et pourraient laisser des séquelles durables.
Les guerres ont toujours un coût
Il n’existe pas de guerre sans prix à payer : toute guerre a un coût. La mort, le déplacement forcé, un conjoint endeuillé, un parent perdu ou un enfant devenu orphelin en sont les conséquences les plus visibles. Les cauchemars, les traumatismes et les pleurs silencieux d’innocents font également partie du prix de la guerre. La guerre entre les États-Unis et l’Iran a causé des milliers de morts, des déplacements massifs et d’importantes perturbations économiques au Moyen-Orient.
Selon le New York Times, le conflit, commencé le 28 février 2026 et ayant duré un peu plus de quinze semaines, a fait environ 3 500 morts en Iran, ainsi que 26 morts en Israël et 13 parmi les militaires américains. Des milliers d’autres personnes ont été blessées. Au Liban, environ 3 700 décès ont également été recensés. Le long de la frontière israélo-libanaise, les hostilités ont contraint des communautés entières à fuir leurs foyers.
Le conflit a aussi perturbé le commerce dans le détroit d’Ormuz. Les attaques et menaces sécuritaires ont accru les risques pour la navigation. Reuters a rapporté que plus de 20 000 marins se sont retrouvés bloqués à bord d’environ 2 000 navires dans le Golfe au plus fort de la crise. Le transport aérien a également été touché. Des compagnies régionales ont suspendu ou détourné certains vols, tandis que le secteur mondial a subi des coûts supplémentaires liés aux trajets plus longs, à la consommation accrue de carburant et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. `Les conséquences économiques ont été considérables. La guerre a contribué à la hausse des prix de l’énergie et du carburant, tandis que les perturbations dans le détroit d’Ormuz ont fait grimper les coûts du transport et le prix de nombreux biens et matières premières.
Le poids financier de l’armement moderne
Le coût des guerres modernes dépend non seulement de l’ampleur d’un conflit, mais aussi du prix des armes utilisées. Selon l’Atlantic Council, des drones valant environ 30 000 dollars peuvent nécessiter des interceptions coûtant jusqu’à 2 millions de dollars chacune.
Le conflit américano-iranien l’a illustré. Les États-Unis ont largement utilisé des armes guidées de précision, notamment des missiles Tomahawk, estimés entre 2 et 2,6 millions de dollars l’unité, ainsi que des missiles JASSM, dont le prix se situe entre 1 et 2 millions de dollars. Les intercepteurs Patriot peuvent, quant à eux, atteindre 3 à 4 millions de dollars par tir. Le volume des armements employés a considérablement accru le coût du conflit. Selon des rapports de défense, des milliers de munitions guidées de précision ont été utilisées, dont plus de 1 000 missiles de croisière durant les premières phases de la guerre. Les analystes estiment qu’une part importante des dépenses militaires directes est liée à ces systèmes d’armes coûteux. Nombre de ces armements ne peuvent être remplacés rapidement. Selon le système, leur production et la reconstitution des stocks peuvent nécessiter entre un et quatre ans.
L’utilisation de munitions avancées entraîne donc non seulement un coût immédiat, mais aussi un impact durable sur les capacités militaires. Le potentiel de développement de la paix Le coût de la guerre de 2026, estimé à 132 milliards de dollars pour les contribuables et consommateurs américains, est vertigineux. Mais qu’aurait-on pu accomplir avec une somme comparable investie dans la construction plutôt que dans la destruction ? À travers le Moyen-Orient, d’importantes infrastructures auraient pu voir le jour. Une autoroute reliant Téhéran à Beyrouth via Riyad et Haïfa, sur plus de 3 000 kilomètres, coûterait entre 9 et 10 milliards de dollars. Avec 132 milliards, ce corridor aurait pu être financé plus d’une douzaine de fois, reliant des villes et des économies entières. Des lignes ferroviaires auraient pu accompagner ces routes, favoriser les échanges et relier des marchés longtemps isolés. Au lieu de financer des munitions, ces ressources auraient pu servir à construire des ponts, des réseaux de métro, des tunnels et d’autres infrastructures utiles aux populations. Plutôt qu’une course aux armements, les nations auraient pu investir dans des ports, des centres commerciaux et des pôles économiques capables de stimuler le commerce et la prospérité.
Avec 132 milliards de dollars, il aurait été possible de construire environ treize grands aéroports internationaux ou près de soixante-cinq aéroports régionaux. Près de 400 grands complexes hôteliers auraient pu être édifiés, tandis qu’une cinquantaine d’usines de dessalement auraient pu fournir de l’eau potable à des millions de personnes. Investir dans des réseaux énergétiques modernes aurait permis d’apporter une électricité fiable aux régions isolées, de développer l’industrie et de créer des emplois. Les chaînes d’approvisionnement auraient ainsi été renforcées au lieu d’être perturbées.
Avancer ensemble vers un avenir meilleur
La guerre consume les ressources, dévore des vies, divise les nations et freine le progrès. La paix crée des liens, préserve les vies, rapproche les nations et favorise la prospérité. Pour réduire le risque de violence, il est essentiel d’encourager la coopération et l’interdépendance entre les nations, ainsi que les échanges humains au-delà des frontières. Ces liens peuvent renforcer la compréhension mutuelle et réduire les risques de confrontation. Les 132 milliards de dollars consacrés à la guerre auraient pu contribuer à financer une nouvelle ère de coopération régionale, transformant le Moyen-Orient d’un théâtre d’opérations militaires en un espace de paix, de stabilité et de prospérité partagée. Cette vision de la paix ne concerne pas seulement les États ou les économies. Elle touche aussi les relations humaines. Comme le rappelle une réflexion souvent citée: « La guerre ne tue pas seulement des êtres humains; elle tue aussi l’amour, la confiance et les relations. » Car si la guerre laisse derrière elle la mort et les catastrophes, la paix offre quelque chose de plus précieux : la possibilité de construire, de réparer et d’avancer ensemble vers un avenir meilleur. Pourtant, l’histoire montre que même après la destruction, les récits de triomphe persistent. Après chaque conflit, chacun revendique la victoire. Mais la réalité est souvent bien différente: il n’y a qu’un seul vainqueur, l’ego, et un seul véritable perdant, l’humanité.
* écrivain et traducteur – Royaume-Uni








