Laila Lamrani
La tension autour du programme nucléaire iranien franchit un nouveau seuil.
Un haut responsable du Parlement iranien a affirmé mardi 12 main que Téhéran pourrait envisager d’enrichir son uranium à 90 % en cas de nouvelles frappes américaines, un niveau considéré comme directement utilisable à des fins militaires. « L’une des options dont disposerait l’Iran face à une nouvelle agression serait l’enrichissement de l’uranium à 90 % », a déclaré sur X Ebrahim Rezaï, porte-parole de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien. Il a précisé que cette hypothèse ferait prochainement l’objet de discussions au sein du Majlis, le Parlement iranien.
Jusqu’à présent, l’Iran soutient officiellement que son programme nucléaire poursuit exclusivement des objectifs civils et énergétiques. Mais le passage du seuil de 90 % constituerait un tournant stratégique majeur. À ce niveau d’enrichissement, l’uranium est considéré comme de qualité militaire et peut théoriquement être utilisé dans la fabrication d’une arme nucléaire après des étapes techniques supplémentaires relativement limitées. Ces déclarations interviennent dans un climat régional extrêmement tendu marqué par la persistance de la fermeture du détroit d’Ormuz et le blocus américain contre les ports Iraniens.
Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a averti que les stocks iraniens d’uranium hautement enrichi se trouveraient probablement encore à l’intérieur des tunnels souterrains du site nucléaire d’Complexe nucléaire d’Ispahan. Selon lui, les inspecteurs internationaux n’ont pratiquement plus accès aux installations depuis le déclenchement du conflit à la fin du mois de février, compliquant considérablement toute évaluation indépendante de la situation. D’après les derniers rapports de l’AIEA, l’Iran disposerait actuellement d’environ 440,9 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, soit un niveau très supérieur aux limites fixées par l’accord nucléaire de 2015. Les experts estiment qu’il ne resterait alors qu’une courte étape technique pour atteindre les 90 %, seuil critique qui alimente depuis des années les craintes occidentales d’une militarisation du programme nucléaire iranien. Cette montée des tensions ravive le spectre d’une nouvelle course nucléaire au Moyen-Orient. L’occupant israélien considère depuis longtemps qu’un Iran doté de capacités nucléaires militaires constitue une menace existentielle, tandis que Téhéran affirme que l’agression israélo-américaine qu’il a subi renforce la thèse d’une accélération du programme nucléaire devenu la seule assurance-vie du pays.
En toile de fond, l’effondrement progressif des mécanismes de contrôle internationaux et la paralysie diplomatique font craindre une escalade difficilement maîtrisable dans une région déjà profondément déstabilisée par les conflits, les crimes sionistes et les rivalités géopolitiques.








