Tunisie : Kaïs Saïed ou l’art de gouverner dans le noir

Le président tunisien n’arrête pas de faire souffrir son peuple.

Laila Lamrani

À force de vouloir concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme, la Tunisie semble aujourd’hui découvrir qu’on ne gouverne pas un pays à coups de décrets, de procès et de slogans. Pendant que le président Kaïs Saïed promettait de purifier la vie politique, le quotidien de nombreux Tunisiens s’est chargé de lui rappeler une vérité plus terre à terre : un réfrigérateur ne fonctionne pas avec des discours, pas plus qu’un robinet ne coule au rythme des déclarations présidentielles.

Le pays qui avait donné au monde l’image d’une révolution porteuse d’espoir se retrouve enlisé dans une crise économique et sociale profonde. Inflation persistante, pénuries récurrentes de produits de base, investissements en berne, finances publiques sous tension: autant de réalités qui pèsent chaque jour davantage sur les ménages. À cela s’ajoutent, dans plusieurs régions et à de longues période, des interruptions d’eau potable ou d’électricité qui alimentent le sentiment d’un État incapable de répondre aux besoins les plus élémentaires de ses citoyens. Dabs un pays écrasé par la canicule, la situation est devenue très étouffante. Pendant ce temps, le débat public semble s’être déplacé. Les opposants sont poursuivis, les journalistes et les voix critiques dénoncent un rétrécissement de l’espace des libertés, tandis que la lutte contre les « complots » occupe souvent le devant de la scène. À croire que les coupures de courant seraient moins préoccupantes que les coupures de parole. Cruel paradoxe! Plus le pouvoir se concentre, plus les résultats s’éloignent . Les promesses de redressement se heurtent à une économie en panne, à une confiance des investisseurs érodée et à une jeunesse qui regarde de plus en plus vers l’exil comme horizon.

La Tunisie mérite mieux qu’un face-à-face permanent entre un pouvoir convaincu d’avoir toujours raison et une société sommée de patienter. Un État ne se mesure pas à la quantité de ses communiqués, mais à sa capacité à assurer les services essentiels, à protéger les libertés et à offrir des perspectives à sa population. À force de vouloir incarner seul la solution, le risque est de finir par concentrer aussi toutes les responsabilités. Car les citoyens jugent rarement un pouvoir à la vigueur de ses discours ; ils le jugent à ce qui sort de leur robinet, à la lumière qui s’allume lorsqu’ils appuient sur un interrupteur et à l’espoir qu’ils peuvent encore nourrir pour leurs enfants..

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