Une équipe du Canard a été accueillie par le ministre RNIb de l’Agriculture Ahmed El Bouari qui explique à sa façon les raisons de la flambée des prix du mouton.
Propos recueillis par Laila Lamrani
Monsieur le ministre, merci de nous accorder cet entretien. Les prix du mouton flambent, les familles désespèrent… que se passe-t-il ?
(Soupir entendu) Vous savez, le mouton n’est plus un simple animal. C’est un indicateur émotionnel. Il réagit au climat, au transport… mais surtout à la psychose collective. Dès qu’on dit « il est cher », il se met à gonfler. C’est physiologique.
Vous voulez dire que le mouton lit les commentaires sur Facebook ?
Et il like ceux qui disent « jamais vu ça ». C’est un animal très connecté.
Lors de votre dernière intervention au Parlement, vous avez déclaré, sous les rires, qu’il existait des «moutons à 1 000 dirhams». Pouvez-vous nous en dire plus?
Absolument. Ils existent. Mais ils ont choisi un positionnement… immatériel.
Immatériel ? Vous vendez des NFT de moutons ?
(Rire nerveux ) Non, non. Disons qu’ils sont cantonnés à une zone très exclusive: le passé antérieur. Avant l’inflation. Avant la mondialisation. Avant la prolifération des chennaqas. Avant que le mouton ne devienne une star.
Donc ils n’existent plus ?
Ils existent… au même titre que la classe moyenne. C’est une réalité mouvante.
Certains citoyens affirment qu’à 1 000 dirhams, on ne trouve que des photos de moutons. Parfois floues.
C’est une vision réductrice des choses . La photo, c’est déjà un mouton potentiel. Et avec l’intelligence artificielle, on pour bientôt le faire bêler. C’est ce qu’on appelle l’innovation inclusive.
Mais enfin, Monsieur le ministre, cette flambée des prix semble difficile à justifier, surtout que vos propres services évoquent une offre ovine pourtant suffisante.
Vous voyez, le mot “suffisant” est un mot dangereux. On peut avoir des troupeaux entiers… et pourtant une pénurie de moutons “disponibles au bon prix”. Certains sont là physiquement, certes, mais pas encore émotionnellement alignés avec le marché.
Nous respectons leur parcours intérieur. C’est une phase de réflexion collective. Et honnêtement, forcer un mouton en désaccord avec les prix serait contraire à nos valeurs de bien-être animal et économique.
Très bien. Revenons à nos brebis : que fait concrètement le gouvernement pour agir sur les prix à la baisse?
Nous avons une stratégie multidimensionnelle: sélection génétique, subventions ciblées, médiation sociale, ensemencement des gros… et surtout, une grande campagne de pédagogie.
Expliquez-nous cette pédagogie.
(déplie un graphique) Il faut apprendre aux citoyens que posséder un mouton est un luxe. Et que le luxe, ça se mérite. Nous leur proposons donc des solutions alternatives : le mouton à temps partagé, le mouton virtuel, ou le parrainage affectif.
Le parrainage affectif ?
Oui. Vous versez une petite contribution, vous recevez une photo dédicacée (toujours floue, pour garder le mystère), et vous êtes invité au boulfaf du voisin qui, lui, a un vrai mouton. C’est gagnant-gagnant.
Mais un mouton d’entrée de gamme coûte aujourd’hui l’équivalent de deux SMIG mensuels. Comment justifier cela ?
(Ton pathétique) Le mouton n’est pas une charge, c’est un investissement dans le lien social. Et puis, ne parlons pas du SMIG, parlons plutôt du bonheur. Combien vaut un sourire d’enfant devant un mouton qui n’existe pas ? À ce prix-là, c’est une aubaine.
Dernière question, monsieur le ministre : si vous deviez rassurer une famille marocaine aujourd’hui, que lui diriez-vous ?
(Se lève, pose la main sur son cœur) Je lui dirais: gardez espoir. Et surtout, gardez votre sens de l’humour. Parce qu’en ce moment, c’est la seule chose qui n’a pas pris 300 %. Et croyez-moi, ça a de la valeur.
Merci, monsieur le ministre. On n’ose pas imaginer ce que vous allez nous dire sur le prix des tomates…
(En sortant) Ah, les tomates… ! Attendez la semaine prochaine. On va leur inventer une conscience.








