Le paquebot Hondius est parti dans l’après-midi d’un lundi 11 mai mais la menace reste à quai. Alors que plusieurs passagers contaminés par le hantavirus ont été isolés en Europe, médecins et autorités redoutent l’apparition de nouveaux cas dans les semaines à venir.
Laila Lamrani
Alors que le monde pensait avoir tourné la page des grandes psychoses sanitaires, l’apparition de cas liés au hantavirus dans plusieurs sites européens ainsi qu’aux États-Unis ravive brutalement les souvenirs encore douloureux de la pandémie de Covid-19. Sans qu’il soit question, à ce stade, d’une situation comparable en ampleur, la simple évocation d’un virus potentiellement transmissible suffit à faire resurgir une peur collective profondément ancrée : celle d’un retour aux confinements, aux frontières fermées, à l’immobilisme économique et à une planète paralysée.
Dans plusieurs pays dont le Maroc , les autorités sanitaires renforcent déjà la vigilance autour des points d’entrée, des ports et des aéroports, tandis que les réseaux sociaux s’enflamment à la moindre rumeur de contamination. Les mots que l’on croyait définitivement rangés au musée des traumatismes refont surface: «quarantaine », « isolement », « restrictions », « propagation », «urgence sanitaire ».
L’inquiétude grandit d’autant plus que les dispositifs de gestion de la crise diffèrent selon les pays, alimentant le sentiment d’un risque difficilement maîtrisable à l’échelle mondiale. Pour l’instant, aucune restriction internationale de voyage n’a été officiellement instaurée, mais les protocoles sanitaires se multiplient autour des passagers considérés comme cas contacts. Le navire de croisière Hondius, premier foyer d’infections à hantavirus, cristallise particulièrement les tensions. Après plusieurs semaines d’isolement, les passagers ont finalement été évacués depuis le port de Tenerife en Espagne vers leurs pays d’origine le 11 mai, ouvrant une nouvelle phase de surveillance sanitaire internationale.
Aux États-Unis, les autorités ont adopté des mesures variables selon les situations. Dans le Nebraska, quinze passagers ont été placés en quarantaine, tandis qu’un autre, testé positif au hantavirus après son retour, a été transféré dans une unité de confinement biologique, bien qu’il ne présente aucun symptôme. Deux autres voyageurs ont également été transférés vers un centre spécialisé à Atlanta, dont un présentant des symptômes suspects. Les autorités américaines évoquent une quarantaine pouvant aller jusqu’à quarante-deux jours, même si certains patients pourraient poursuivre leur suivi à domicile.
Mais ce sont surtout les failles potentielles dans le suivi des voyageurs qui inquiètent les observateurs. Sept croisiéristes américains avaient quitté le navire dès le 24 avril sur l’île de Sainte-Hélène, avant même la mise en quarantaine du bateau. Ils ont ensuite rejoint les États-Unis via des vols commerciaux classiques, sans surveillance sanitaire particulière ni traçage systématique des cas contacts. Ces passagers sont aujourd’hui dispersés dans plusieurs États américains, notamment en Californie, au Texas, en Virginie et en Géorgie, nourrissant les craintes d’une propagation silencieuse.
Le hantavirus, connu depuis longtemps par les scientifiques et généralement transmis à l’homme par des rongeurs infectés, n’a pourtant rien d’un nouveau venu. Mais dans un monde encore traumatisé par le Covid, chaque alerte sanitaire prend désormais une dimension émotionnelle et psychologique disproportionnée. La mémoire collective reste marquée par les images d’hôpitaux saturés, de villes désertes, de populations masquées et d’économies brutalement mises à l’arrêt.
Car derrière la crainte médicale se cache surtout la peur d’un scénario économique et social catastrophe. Beaucoup redoutent déjà, même de manière prématurée, le retour des interdictions de voyage, de l’effondrement du trafic aérien, des confinements partiels ou généralisés, ainsi que des mesures sanitaires contraignantes qui avaient bouleversé la vie quotidienne de milliards de personnes. Les compagnies aériennes, les secteurs du tourisme et de l’événementiel observent avec inquiétude toute montée de tension sanitaire internationale. Ces secteurs savent désormais qu’un simple climat de peur peut suffire à provoquer annulations massives, chute des réservations et ralentissement économique, avant même toute décision officielle. Sur Internet, les réactions oscillent entre prudence légitime et emballement anxiogène. Certains internautes évoquent déjà « un nouveau Covid », quand d’autres dénoncent une dramatisation excessive nourrie par les traumatismes encore récents de la pandémie mondiale. Cette hypersensibilité collective illustre à quel point le Covid-19 a durablement modifié la perception des risques sanitaires à l’échelle mondiale.
Pour l’heure, les experts tentent de rassurer et rappellent qu’aucun élément ne permet d’évoquer une pandémie mondiale comparable à celle du coronavirus. Mais reste que depuis 2020, le monde vit dans une forme d’alerte psychologique permanente où chaque virus émergent réactive instantanément la mémoire d’un traumatisme planétaire encore loin d’être effacé.








