Défection de 8 élus communaux RNI de Rabat : Sauve-qui-peut ?

Les démissionnaires posant dans une photo de famille…

A quelques mois des élections législatives de septembre prochain, la démission de huit élus communaux RNI de Rabat met en lumière les tensions qui minent le parti sur fond d’une guerre de positions depuis l’arrivée en février à sa tête de Mohamed Chouki …

Ahmed Zoubaïr

Après des mois à mijoter dans son jus, la petite tambouille interne du Rassemblement National des Indépendants (RNI) a enfin trouvé son exutoire. Comme par magie, huit élus municipaux de Rabat ont décidé d’un seul coup de démissionner du parti et de l’annoncer dans un communiqué laconique sobrement intitulé « Retrait.» Parmi les démissionnaires figurent la maire de Rabat Fatiha Moudni et le président de l’arrondissement Souissi Adel Atrassi. Dans leur texte non daté, les signataires se contentent d’évoquer une « évaluation de leur parcours politique, de leur action de terrain et de leur expérience au sein des instances élues». Une généralité creuse qui permet d’éviter de préciser les véritables raisons de la rupture. Cette absence d’explications est politiquement et moralement incorrecte. Un représentant du peuple n’est pas un électron libre qui démissionne en coulisses au gré de ses convenances personnelles ou de ses frustrations partisanes. Un élu doit des explications claires à ses électeurs.



Ce sont les citoyens de Rabat qui, par leur vote, leur ont confié à Moudni et consorts un mandat et une légitimité. Partir ainsi en bloc sans rendre de comptes à la population s’apparente à un flagrant manque de respect envers le corps électoral et à un déni des règles élémentaires de la transparence démocratique. En fait, cette défection massive intervient dans un contexte chaotique pour le RNI, marqué par le désengagement brutal et mystérieux de son principal moteur politique, Aziz Akhannouch, de la chefferie du parti et son remplacement au terme d’un congrès extraordinaire en février 2026 par Mohamed Chouki, un candidat unique par défaut, dont la principale caractéristique est qu’il n’est pas un militant maison. Un successeur pareil peu connecté à la base militante et dépourvu de légitimité historique n’a fait qu’accentuer le sentiment de flottement local.

Le timing de cette vague de démissions trahit d’ailleurs des motivations bien moins nobles qu’une simple « réflexion politique ». Elle survient moins de vingt-quatre heures après l’annonce des candidatures retenues pour les prochaines échéances législatives. Un hasard de calendrier difficile à croire, qui alimente les certitudes quant à de basses querelles d’investitures. Au-delà du cas de Rabat, jusqu’ici considéré comme l’un des bastions les plus solides du parti, cet épisode illustre l’essoufflement de la machine RNI. Cette défection massive, qui n’est pas pour rassurer à quelques mois des élections législatives de septembre, profitera bien aux partis concurrents qui ont lancé depuis plusieurs mois la machine à récupérer les élus déçus des autres. La ou l’on voit que les partis sont juste des étiquettes interchangeables.

Au-delà de ses tensions internes, le RNI risque surtout de payer un lourd tribut politique au climat social qui prévaut dans le pays. Après plusieurs années à la tête du gouvernement, le parti se retrouve en première ligne face au mécontentement d’une large partie de la population confrontée à la flambée du coût de la vie, à l’érosion sans précédent du pouvoir d’achat et à la persistance de fortes inégalités sociales. Longtemps porté par un discours axé sur l’efficacité managériale et la promesse d’améliorer le quotidien des citoyens, le RNI se heurte aujourd’hui à la dure réalité du bilan. Dans l’esprit de nombreux Marocains, la hausse des prix des produits alimentaires, des carburants et de plusieurs services essentiels reste associée à l’action du parti-locomotive du gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch. Les candidats RNI n’auront pas la partie facile devant les électeurs…

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