L’ASMEX en campagne agitée : Les non-dits d’une bataille de succession

Hassan Sentissi, président sortant de l'ASMEX.

À la confédération marocaine des exportateurs (ASMEX), la préparation de l’élection du 23 juin tourne à la confrontation ouverte. Derrière les désaccords sur les candidatures et les statuts se dessine un conflit plein de non-dits sur la gouvernance de l’association et les conditions de la succession du président sortant.

Saliha Toumi

On croyait ces guerres picrocholines définitivement reléguées aux archives d’une époque révolue, lorsque les appareils partisans passaient plus de temps à régler leurs querelles de personnes qu’à défendre les causes qu’ils prétendaient servir. Mais voilà que l’ASMEX nous replonge dans ces scènes d’un autre âge, où la bataille pour la succession finit par occulter la mission même de l’institution.

Jeudi 4 juin, un communiqué attribué à « la majorité du conseil d’administration » dénonce une « dérive de gouvernance » et réaffirme son attachement au respect des statuts. Une sortie qui révèle au grand jour des tensions que l’on devinait depuis plusieurs semaines.



Officiellement, le désaccord porte sur la recevabilité des candidatures à la présidence. Officieusement, le débat semble beaucoup plus profond. Car derrière la querelle juridique et statutaire se dessine une question autrement plus sensible : celle de l’après-Sentissi.

L’inoxydable Hassan Sentissi, par ailleurs cacique istiqlalien de la première heure, considère que les trois candidats en lice ne présentent pas le profil requis pour diriger l’association. appelle de ses vœux l’émergence de « capitaines d’industrie », figures de poids capables, selon lui, de porter la voix des exportateurs marocains.

L’argument peut s’entendre. Mais il soulève également une interrogation que nombre d’observateurs commencent à formuler à voix basse : le président sortant cherche-t-il simplement à garantir la qualité du futur leadership ou souhaite-t-il voir émerger un successeur inscrit dans une logique de continuité, un héritier suffisamment proche pour préserver les équilibres actuels et éviter qu’une nouvelle équipe ne se livre à un véritable examen critique de l’héritage ?

Autrement dit, la bataille actuelle oppose-t-elle des conceptions différentes de la gouvernance ou traduit-elle la volonté de contrôler les conditions de la succession ?

La question mérite d’être posée. Car dans toute organisation, l’arrivée d’une nouvelle direction s’accompagne généralement d’un droit d’inventaire. On évalue les choix passés, on examine les résultats obtenus, on revisite certaines décisions et l’on redéfinit parfois les priorités. Un exercice normal dans toute institution moderne, mais souvent redouté par ceux qui ont tenu les commandes pendant de longues années. Ce qui est justement de Hassan Sentissi.

Continuité

Dans ce contexte, l’insistance de ce dernier sur la nécessité d’un profil bien particulier ne manque pas d’alimenter les spéculations. Cherche-t-on un président capable d’imprimer sa propre vision ou un successeur garantissant un changement suffisamment maîtrisé pour ne pas remettre en cause le bilan de l’équipe sortante?

Face à lui, le candidat le plus en vue Adil Zaidi rappelle que les règles du jeu ont déjà été fixées. L’appel à candidatures a été lancé. Les candidatures ont été examinées et validées. Le conseil d’administration a été convoqué. Dès lors, revenir sur le processus à quelques jours du scrutin lui paraît difficilement justifiable.

La controverse prend d’autant plus d’ampleur que les trois candidats contestés sont loin d’être des inconnus. Tous ont occupé des responsabilités au sein même de l’association et ont été associés à sa gouvernance. Ce qui conduit certains à s’interroger : s’ils étaient jugés aptes à exercer les fonctions de vice-président hier, pourquoi deviendraient-ils soudainement inaptes à briguer la présidence aujourd’hui?

Pendant ce temps, les échanges se durcissent. D’un côté, les statuts sont invoqués comme référence ultime. De l’autre, ils sont présentés comme des textes vieillissants nécessitant une profonde modernisation. Une divergence qui ressemble de plus en plus à un affrontement entre deux conceptions de l’ASMEX: celle d’une institution appelée à se renouveler librement et celle d’une organisation dont la transition devrait être soigneusement encadrée.

L’annonce par Hassan Sentissi d’une assemblée générale extraordinaire le 22 juin, soit la veille de l’élection prévue le 23 juin, ajoute encore à la confusion et nourrit les interrogations sur les véritables enjeux de cette séquence.

Au fond, la question n’est peut-être plus de savoir qui remportera l’élection. Elle est de comprendre quelle conception de la succession l’emportera. Celle d’une alternance assumée, avec son indispensable droit d’inventaire, ou celle d’un changement dans la continuité, où le successeur idéal serait avant tout celui qui garantirait que l’on ne regarde pas de trop près dans le rétroviseur.

Pour une organisation qui prétend représenter les exportateurs marocains sur les marchés internationaux, le spectacle est pour le moins troublant. À un moment où les entreprises se doivent d’adopter les meilleures pratiques de gouvernance, l’ASMEX donne l’impression de rejouer un scénario dont beaucoup pensaient qu’il appartenait définitivement au passé.

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