Travail des enfants : Le décrochage scolaire recrute toujours!

Lorsque l’école perd un élève, le marché du travail gagne souvent une paire de bras.

Pendant que certains adolescents hésitent entre TikTok, les révisions du bac et les vacances d’été, d’autres ont déjà rejoint le monde du travail. Selon les derniers chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP), près de 103.000 enfants âgés de 7 à 17 ans exerçaient une activité économique en 2025. Cela ne représente que 1,3 % de cette tranche d’âge, un taux relativement faible sur le papier. Mais derrière cette moyenne nationale se cache une réalité beaucoup moins rassurante, particulièrement dans le monde rural. Car le travail des enfants au Maroc a son portrait-robot.

C’est généralement un garçon, âgé de 15 à 17 ans, vivant à la campagne et ayant quitté l’école avant l’heure. Le HCP révèle en effet que près de neuf enfants travailleurs sur dix sont des garçons, que la grande majorité vit en milieu rural et que 88 % d’entre eux ont déjà déserté les bancs de l’école. Seuls 11 % continuent à jongler entre cahiers et activité professionnelle.

Autrement dit, lorsque l’école perd un élève, le marché du travail gagne souvent une paire de bras. Le décrochage scolaire reste la principale porte d’entrée vers une vie active prématurée. Une orientation professionnelle forcée qui ne passe ni par un conseiller d’orientation ni par LinkedIn, mais par la précarité économique des familles. Sans surprise, l’agriculture demeure le premier recruteur de mineurs du Royaume. Dans les campagnes, près de sept enfants actifs sur dix travaillent dans les champs, les exploitations agricoles, les activités forestières ou la pêche.

Souvent, ils ne figurent sur aucune fiche de paie. Ils sont simplement considérés comme une aide familiale, un statut qui permet de faire tourner l’exploitation sans trop se poser de questions sur l’âge du personnel. En ville, le décor change mais pas le phénomène. Les ateliers d’artisanat, les petits commerces, les services ou certaines unités industrielles accueillent leur lot de jeunes travailleurs. Ici, le travail prend davantage la forme d’emplois salariés ou d’apprentissage, parfois au prix d’horaires et de conditions qui n’ont rien d’une formation pédagogique.

Mais le chiffre qui donne véritablement froid dans le dos est ailleurs. Sur les 103.000 enfants au travail, près de 59.000 exercent des activités jugées dangereuses pour leur santé, leur sécurité ou leur développement. Soit près de six enfants travailleurs sur dix. Bâtiment, industrie, services ou travaux agricoles pénibles : pour des milliers de mineurs, l’entrée dans la vie active ressemble davantage à une épreuve très pénible qu’à une opportunité.

Au fond, ces statistiques racontent moins une histoire de travail qu’une histoire d’inégalités. Elles rappellent qu’en 2025, au Maroc, tous les enfants ne grandissent pas avec le même cartable. Certains y rangent leurs cahiers. D’autres l’échangent trop tôt contre une caisse à outils, une pelle ou un panier de récolte.

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