Les inquiétudes dépassent désormais le seul Golfe. Les experts redoutent une régionalisation du conflit, avec un risque d’embrasement de la mer Rouge.
Laila Lamrani
À peine une semaine après l’annonce d’une fragile trêve, les armes parlent de nouveau entre les États-Unis et l’Iran. L’espoir d’une désescalade n’aura été que de courte durée. Les deux puissances ont repris leurs opérations militaires, ouvrant une nouvelle phase d’un conflit dont l’épicentre se situe désormais autour du détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète. Les affrontements se sont intensifiés ces derniers jours, avec une multiplication des attaques contre des pétroliers, des frappes aériennes et des bombardements visant des infrastructures militaires, énergétiques et logistiques dans l’ensemble du Golfe. Chaque camp accuse l’autre d’avoir rompu le cessez-le-feu, tandis que la militarisation de la région atteint un niveau inédit depuis plusieurs années.
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole consommé dans le monde ainsi qu’une part importante du commerce mondial de gaz naturel liquéfié, est devenu le principal enjeu stratégique de cette confrontation. Toute perturbation durable de cette voie maritime menace directement la sécurité énergétique mondiale et les chaînes d’approvisionnement internationales. Les inquiétudes dépassent désormais le seul Golfe. Les experts redoutent une régionalisation du conflit, avec un risque d’embrasement de la mer Rouge, où transitent également d’importants flux commerciaux, ainsi que de l’Irak, où sont présentes des forces américaines et des groupes armés alliés à Téhéran. Une extension des hostilités pourrait entraîner de nouveaux acteurs régionaux dans une spirale difficilement contrôlable.
Trump, la confusion encore et toujours !
Sur le front politique, Donald Trump alimente lui aussi la controverse par des déclarations contradictoires sur le statut du détroit d’Ormuz. Après avoir rejeté avec fermeté toute légitimité de l’Iran à imposer un droit de passage aux navires empruntant cette voie stratégique, le président américain avait surpris en affirmant que les États-Unis, une fois le contrôle du détroit assuré, pourraient eux-mêmes instaurer une taxe de 20 % sur les cargaisons transitant par cette route maritime.
Moins de vingt-quatre heures plus tard, il opère un spectaculaire revirement. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Donald Trump i annonce renoncer à cette idée, affirmant privilégier une approche économique. « J’ai décidé de remplacer la taxe de 20 % par des accords commerciaux et des investissements que plusieurs pays du Golfe réaliseront aux États-Unis », a-t-il déclaré, illustrant une nouvelle fois une communication qui entretient l’incertitude et la confusion sur la stratégie américaine. Au-delà de l’aspect militaire, les conséquences économiques pourraient être considérables. Plusieurs cabinets d’analyse et spécialistes des marchés de l’énergie estiment qu’une prolongation du conflit pourrait provoquer une flambée durable des prix du pétrole et du gaz. Certains scénarios évoquent une hausse pouvant atteindre 80 % des prix de l’énergie d’ici 2026 si les exportations transitant par Ormuz étaient fortement perturbées. Une telle envolée alimenterait une nouvelle vague inflationniste à l’échelle mondiale, renchérirait les coûts du transport maritime et de la production industrielle, tout en pesant sur le pouvoir d’achat des ménages. Les économistes mettent également en garde contre un ralentissement marqué de la croissance mondiale, estimant que cette crise géopolitique constitue désormais l’un des principaux risques pesant sur l’économie internationale. Les marchés financiers, déjà fragilisés par les tensions géopolitiques, pourraient connaître une période prolongée de forte volatilité si aucune issue diplomatique ne se dessine rapidement.








