Législatives 2026 : PJD en embuscade, RNI sur la touche ?

Benkirane et Akhannouch du temps de l’entente cordiale…

Avec le retour en force du PJD et le recul du RNI, les équilibres parlementaires ont changé. Reste à savoir qui entrera dans la future majorité… et qui devra végéter dans l’opposition…

Ahmed Zoubaïr

Une question commence déjà à traverser les états-majors et agiter les observateurs : le PJD fera-t-il partie de la prochaine majorité gouvernementale ? Avec ses 54 sièges, contre seulement 13 lors des législatives de 2021, le parti de la Justice et du Développement signe un retour  fort et inespéré  dans l’Hémicycle et retrouve un poids politique qui ne peut être ignoré.

Mais sa présence au gouvernement ne dépendra pas seulement de son score. Elle relèvera aussi des choix qui présideront à la constitution de la prochaine majorité, dans un paysage parlementaire profondément recomposé. Le PAM, arrivé en tête avec 97 sièges, devra en effet bâtir une coalition permettant d’atteindre la majorité absolue de 198 députés.

La question du PJD revêt, dans ce contexte, une dimension particulière. Dans un pays confronté à des préoccupations sociales persistantes — cherté de la vie, chômage, précarité et pouvoir d’achat sous pression — son entrée au gouvernement pourrait modifier sensiblement la physionomie politique de la prochaine législature. Certains pourraient y voir un moyen d’intégrer dans l’exécutif une formation disposant d’une bonne implantation militante et d’une capacité à porter une partie des frustrations sociales.

L’image du « buvard » politique, capable d’absorber une partie de la colère sociale en faisant entrer l’une de ses principales expressions partisanes dans la majorité, peut donc surgir dans les calculs.

Or, le message des urnes peut aussi être lu autrement. Avec 54 députés, le PJD retrouve une capacité d’opposition sans commune mesure avec celle dont disposait le Parlement sortant, où il ne comptait que 13 élus. Le scrutin a ainsi contribué à rééquilibrer l’Hémicycle, même si la signification exacte de ce vote ne peut être réduite à une seule lecture.

Reste donc à savoir si les architectes de la prochaine majorité chercheront à faire du PJD un partenaire de gouvernement ou une force d’opposition suffisamment consistante pour donner davantage de relief au débat parlementaire. Dans les deux cas, son retour à 54 sièges change déjà la donne.

Une autre inconnue pèsera lourd dans les tractations à venir : quelle place réserver au RNI dans la prochaine majorité ? Avec 66 sièges, le parti de la colombe reste une force parlementaire importante, mais son maintien au gouvernement pourrait être politiquement plus délicat qu’il n’y paraît.

Le RNI sort en effet d’une législature au cours de laquelle son président de l’époque, Aziz Akhannouch, a occupé la fonction de chef du gouvernement. Or, au fil du mandat, le parti et son ancien leader ont concentré une partie des critiques et du mécontentement exprimés dans le débat public, notamment autour du pouvoir d’achat, de la situation sociale, accusations de délits d’initié et autres conflits d’intérêts. Dans oublier le scandale des fameux frakchias qui a fait beaucoup de tort au parti…

Dès lors, reconduire le RNI dans la prochaine équipe gouvernementale pourrait donner une impression de continuité davantage que de renouvellement. Le changement de président du parti — Mohamed Chouki ayant succédé à Akhannouch en février 2026 — constitue certes un renouvellement interne, mais il ne suffit pas nécessairement, à lui seul, à effacer l’image de la précédente séquence gouvernementale.

C’est là que se joue peut-être une partie du message politique du scrutin : après une législature dominée par la coalition sortante, la constitution de la prochaine majorité sera aussi scrutée à travers sa capacité à incarner une nouvelle séquence. Maintenir les mêmes formations aux commandes pourrait nourrir, chez les observateurs  et l’opinion publique , le sentiment du fameux « on prend les mêmes et on recommence ».

À l’inverse, une recomposition plus nette de la majorité permettrait de donner un visage différent au prochain gouvernement, sans pour autant préjuger des choix que feront les formations appelées à négocier. Avec le PAM arrivé en tête, l’Istiqlal troisième et le PJD revenu à 54 sièges, les équilibres parlementaires ont changé ; reste maintenant à savoir si cette nouvelle configuration se traduira également par un renouvellement de la majorité gouvernementale.

Dans cette équation, le sort du RNI sera donc un indicateur particulièrement intéressant : reconduit au gouvernement, il signifierait une forte dose de continuité ; relégué dans l’opposition, il contribuerait à donner au prochain exécutif une autre physionomie. Entre les deux, les négociations diront jusqu’où ira la volonté de changement.


Si l’hypothèse d’un PJD maintenu dans l’opposition se confirmait et que le RNI prenait lui aussi le chemin de l’opposition, une autre configuration commencerait à se dessiner. Le scénario le plus probable serait celui d’une majorité articulée autour du PAM et de l’Istiqlal, avec le Mouvement populaire et l’USFP  et ou le PPS comme forces d’appoint.

Une telle combinaison aurait surtout pour avantage de donner à la prochaine majorité un visage sensiblement différent de celui de la législature précédente. Elle permettrait au PAM de constituer un nouvel attelage gouvernemental tout en offrant aux formations associées une place dans une architecture politique renouvelée.

Un changement de casting qui ferait mentir, au moins en partie, le fameux « on prend les mêmes et on recommence ».

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