Laprophan : Une cure de croissance à la bourse 

Le président de Laprophan Farid Bennis et son staff lors de la présentation de l’opération.

Le laboratoire marocain s’apprête à lever jusqu’à 2,22 milliards de dirhams sur le marché boursier de Casablanca. Au cœur de cette opération figure le rachat de Polymedic, destiné à permettre au groupe de franchir un nouveau palier tant sur le plan industriel que commercial. Toutefois, entre croissance externe, valorisation boursière et perspectives de rentabilité, ce pari mérite un examen attentif.

La Bourse de Casablanca s’apprête à accueillir un acteur emblématique de l’industrie pharmaceutique marocaine. Fondé en 1949, Laprophan, propriété de la famille Bennis, ouvre son capital au public avec une ambition qui excède la simple levée de fonds : accélérer sa transformation en un groupe de dimension internationale, apte à peser davantage dans un secteur stratégique pour la souveraineté sanitaire du Royaume.

Le projet d’introduction en Bourse a obtenu le visa de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) le 28 octobre 2026. L’opération, dont le montant maximal annoncé atteint 2,22 milliards de dirhams, se déroulera du 9 au 17 novembre, au prix de 341 dirhams par action. Elle repose sur une augmentation de capital d’environ 1,4 milliard de dirhams, complétée par la cession de titres existants pour un montant maximal de 822,6 millions de dirhams.

Derrière cette ouverture du capital se dessine une stratégie de croissance externe clairement assumée. Pour Laprophan, il s’agit de changer d’échelle, d’élargir son portefeuille thérapeutique et de renforcer ses capacités industrielles, tout en se donnant les moyens de poursuivre ses acquisitions. À cet égard, le rachat de Polymedic constitue, à ce stade, l’illustration la plus concrète de cette ambition.

Polymedic, pièce maîtresse du dispositif

Le laboratoire casablancais a signé en octobre un accord portant sur l’acquisition de la totalité du capital de Corporate Investment Holding, société mère de Polymedic. La finalisation de la transaction demeure subordonnée aux autorisations réglementaires requises, notamment celle du Conseil de la concurrence. Son montant indicatif, tel qu’il ressort des éléments relatifs à l’introduction en Bourse, avoisine 1,26 milliard de dirhams. Près de 90 % des fonds nouveaux levés par Laprophan devraient ainsi être affectés à cette acquisition.

Créé en 1964, Polymedic dispose d’un outil industriel situé à Casablanca, emploie environ 280 collaborateurs et détient un portefeuille de 138 autorisations de mise sur le marché couvrant plus de 200 produits dans une douzaine de domaines thérapeutiques. Son chiffre d’affaires s’est élevé à 405 millions de dirhams en 2025 et devrait atteindre environ 455 millions en 2026, selon les informations publiées dans le cadre de l’opération.

Pour Laprophan, l’intérêt est double. D’une part, l’intégration de Polymedic doit élargir son offre de médicaments et renforcer sa présence sur le marché national. D’autre part, elle lui permettrait de consolider son appareil industriel dans un environnement où la taille critique, les capacités de production et la maîtrise des coûts sont devenues des facteurs déterminants de compétitivité.

L’opération s’inscrit dans une politique d’acquisitions déjà engagée. Laprophan a notamment intégré Amanys Pharma et Botanic Pharma, avant de poursuivre son expansion internationale par une prise de participation majoritaire dans le laboratoire suisse Rivopharm. Le groupe revendique désormais une présence commerciale dans plus de 50 pays, un portefeuille dépassant 1 300 autorisations de mise sur le marché et près de 1 450 collaborateurs.

Une levée de fonds à double détente

L’introduction en Bourse mérite néanmoins d’être examinée en détail, car les 2,22 milliards de dirhams annoncés ne correspondent pas intégralement à des fonds frais destinés au financement des projets industriels du groupe.

Sur ce montant maximal, environ 1,4 milliard proviendra de l’émission de 4,1 millions d’actions nouvelles. Cette composante alimentera directement les ressources de Laprophan. Le solde, soit jusqu’à 822,6 millions de dirhams, correspond à la vente de 2,4 millions d’actions existantes : son produit reviendra aux actionnaires cédants et non à l’entreprise.

Cette distinction est essentielle pour les futurs investisseurs. L’opération poursuit simultanément deux objectifs : financer la croissance du laboratoire et permettre à certains actionnaires de réaliser une partie de leur investissement. L’ouverture du capital accompagne donc à la fois le développement industriel du groupe et l’évolution de son actionnariat.

Le prix de 341 dirhams par action implique par ailleurs une valorisation qui suppose que Laprophan concrétise ses ambitions de croissance. La capacité du groupe à intégrer ses acquisitions, à dégager des synergies et à améliorer durablement ses résultats sera donc déterminante pour justifier les attentes placées dans son développement.

La rentabilité, autre enjeu du pari boursier

Une stratégie d’acquisitions ne se juge pas uniquement au nombre de sociétés rachetées ou à la progression du chiffre d’affaires. Elle se mesure également à la capacité de ces opérations à générer des bénéfices, à préserver les marges et à produire des liquidités suffisantes pour financer la croissance future.

Au-delà du cas Laprophan, cette introduction en Bourse intervient dans un contexte où la consolidation de l’industrie pharmaceutique nationale représente un enjeu économique et sanitaire majeur.

Le développement de groupes marocains dotés d’une assise financière solide peut contribuer au renforcement des capacités de production locales, à la diversification de l’offre thérapeutique et à une meilleure maîtrise des chaînes d’approvisionnement. Il peut également favoriser les investissements industriels et soutenir l’ambition d’un secteur pharmaceutique marocain davantage tourné vers l’exportation.

Encore faut-il que la croissance externe s’accompagne d’investissements productifs, d’une amélioration de la compétitivité et d’une capacité accrue à répondre aux besoins du marché national.

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