Face à la réapparition de cas de diphtérie au Maroc, un groupe d’experts et de professionnels de la santé appellent à une mobilisation collective pour renforcer la couverture vaccinale, améliorer la surveillance épidémiologique et lutter contre la désinformation.
Jamil Manar
Lors d’un séminaire scientifique organisé à distance le 7 octobre, en partenariat avec les ministères de la Santé et de la Protection sociale, et de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, les intervenants ont rappelé que la vaccination demeure le principal moyen de prévenir la maladie et d’éviter sa résurgence.
La rencontre, organisée à l’initiative de la Société marocaine des sciences médicales, d’Infovac Afrique, de la Société marocaine de pédiatrie et de la Société marocaine des maladies infectieuses pédiatriques et de la vaccinologie, avec la participation d’autres associations scientifiques, a réuni médecins, spécialistes, journalistes et acteurs intéressés par les questions de santé publique. Le séminaire a notamment été suivi par près d’un millier de participants sur Zoom, auxquels se sont ajoutés des internautes orientés vers YouTube.
Animée par le Dr Moulay Saïd Afif, président de la Société marocaine des sciences médicales et d’Infovac Afrique, avec la participation du Dr Hassan Afifal, président de la Société marocaine de pédiatrie, et du Pr Mohammed Bouskraoui, président de la Société marocaine des maladies infectieuses pédiatriques et de la vaccinologie, cette rencontre avait pour objectif de faire le point sur la maladie, ses manifestations cliniques, les méthodes de confirmation du diagnostic, la prise en charge des personnes ayant été en contact avec des cas suspects ou confirmés, ainsi que les mesures thérapeutiques et préventives. Au cœur des échanges, les intervenants ont insisté sur le rôle déterminant de la vaccination dans la prévention des maladies infectieuses. Ils ont notamment établi un parallèle entre la résurgence de la diphtérie et les foyers de rougeole enregistrés ces dernières années, estimant que le recul de la couverture vaccinale expose la population à la réapparition de maladies dont la fréquence avait considérablement diminué.
Le Dr Mohammed El Youbi, directeur de la Direction de l’épidémiologie et de lutte contre les maladies au ministère de la Santé et de la Protection sociale, a souligné que l’insuffisance de la vaccination constitue un facteur majeur de réapparition de maladies telles que la rougeole et la diphtérie.
Il a appelé les familles à vérifier les carnets de santé de leurs enfants afin de s’assurer qu’ils ont reçu les vaccins prévus ainsi que les doses de rappel nécessaires. Cette vigilance, a-t-il fait valoir, est indispensable pour préserver la santé des enfants, protéger la collectivité et consolider les acquis du Programme national d’immunisation.
Les participants ont également rappelé l’importance de la protection vaccinale des adultes. Selon les éléments présentés lors du séminaire, une dose de vaccin peut suffire aux adultes ayant déjà été vaccinés durant leur enfance pour assurer leur protection contre la diphtérie. Les modalités de vaccination devant être adaptées aux situations individuelles, il reste toutefois nécessaire de se référer aux recommandations des professionnels de santé.
L’école mobilisée pour renforcer la prévention
La lutte contre la maladie passe également par le milieu scolaire. Mustapha Yaacoubi, directeur général de l’organisation de la vie scolaire au ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, a présenté les initiatives engagées en coordination avec le ministère de la Santé dans le domaine de la prévention et de la santé scolaire.

Moulay Said Afif, un militant de la santé publique.
Dans le contexte actuel, une circulaire a été adressée aux établissements scolaires afin d’accélérer la collecte des informations nécessaires en cas de suspicion d’infection. Le dispositif prévoit notamment le renforcement de la surveillance, le suivi de la situation vaccinale des élèves et l’orientation vers les services médicaux compétents de ceux qui présentent des symptômes évocateurs. L’objectif est de permettre une réaction rapide et coordonnée, tout en protégeant les élèves ainsi que les personnels éducatifs et administratifs, sans céder à l’alarmisme. Pour améliorer durablement la couverture vaccinale, les experts ont proposé d’envisager des campagnes de vaccination au sein des établissements scolaires, à l’image des initiatives déployées lors des épisodes de rougeole. Ils ont également suggéré d’exploiter le système Massar, notamment le code national de l’élève, en y intégrant une rubrique consacrée à sa situation vaccinale. Un tel dispositif faciliterait le suivi des vaccinations et permettrait de contacter les familles lorsqu’un enfant n’a pas reçu une dose recommandée. Le programme scientifique a permis d’aborder plusieurs aspects essentiels de la prise en charge de la diphtérie.
Le Pr Mohammed Bouskraoui a présenté les manifestations cliniques de la maladie et ses conséquences potentielles. Nabila Sraâ, spécialiste en microbiologie à Marrakech, a exposé les méthodes permettant de confirmer le diagnostic. De son côté, la Dre Fatiha Smihrou, relevant de la Direction de l’épidémiologie et de lutte contre les maladies, a détaillé les mécanismes de surveillance épidémiologique au Maroc, en les mettant en perspective avec des données africaines et internationales. Le Dr Mouad Mourabit, coordinateur du Centre national des opérations d’urgence de santé publique au ministère de la Santé, a consacré son intervention à l’identification et à la gestion des personnes ayant été en contact avec des cas de diphtérie. Enfin, le Dr Mohammed Benazzouz, responsable du Programme national d’immunisation, a présenté les mesures vaccinales à mettre en œuvre face à un cas de la maladie. Ces interventions ont permis de souligner la nécessité d’une approche coordonnée associant diagnostic, surveillance, prise en charge des contacts et vaccination, afin de limiter les risques de propagation.
La désinformation, un danger pour la santé publique
Autre enjeu majeur soulevé lors de la rencontre : la circulation des rumeurs et des informations trompeuses en période de crise sanitaire. Les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer la communication entre les autorités sanitaires, les sociétés savantes et les professionnels de l’information. La rapidité de transmission des données officielles, leur accessibilité et leur fiabilité constituent, selon eux, des conditions essentielles pour contrer les rumeurs et permettre au public de prendre des décisions éclairées. En un mot, il est urgent d’immuniser la société contre les fake news qui font rage sur les réseaux sociaux. Tout un programme!








