Avec la disparition d’Abdelaziz Bennani, le Maroc perd une grande figure de son histoire contemporaine des droits humains. Avocat, militant et homme de conviction, il s’est éteint le 26 août 2026, à l’âge de 87 ans, après une vie entièrement marquée par le combat pour la justice, les libertés et la dignité humaine. Né à Fès en 1939, il avait rejoint le barreau de Casablanca en 1965. Mais son parcours dépassait largement celui d’un avocat. Dès ses années de jeunesse, il s’était engagé dans la vie politique et militante, notamment au sein de l’Union nationale des étudiants du Maroc puis de l’UNFP. Il consacra notamment une partie importante de son activité professionnelle à la défense de militants et de prisonniers d’opinion. Abdelaziz Bennani fut surtout l’un des bâtisseurs du mouvement marocain des droits humains. Membre fondateur de l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH) en 1988, il en assura la présidence de 1992 à 2000. Son engagement dépassa ensuite les frontières nationales: il participa à la création du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme, dont il fut le premier président, et exerça également des responsabilités dans plusieurs organisations arabes et internationales. Son parcours prit une dimension particulière avec sa participation à l’Instance Équité et Réconciliation (IER).
Il y mit son expérience de militant et d’avocat au service d’un processus destiné à faire la lumière sur les violations graves des droits humains du passé et à permettre au Maroc d’affronter une partie douloureuse de son histoire. Il avait notamment travaillé sur des dossiers emblématiques de disparitions forcées. Mais l’héritage de Bennani ne se résume ni à des fonctions ni à des responsabilités. Il réside dans une certaine conception du militantisme : celle d’un engagement fondé sur la constance, la liberté de parole, la défense de la dignité et la conviction que les droits humains doivent rester au cœur du projet démocratique. L’OMDH, dont il fut l’un des fondateurs et l’un des présidents, voit en lui l’un des artisans d’une véritable « école » marocaine des droits humains. Une école dont il aura contribué à former plusieurs générations de militants et de défenseurs des libertés. La portée de sa disparition a également été soulignée par le message de condoléances adressé par le Roi Mohammed VI à sa famille. Le Souverain y a salué l’un des « symboles » du mouvement des droits humains au Maroc, dans le monde arabe et à l’international, ainsi que son engagement en faveur des droits de l’Homme, de la justice et de la démocratie. Avec Abdelaziz Bennani disparaît donc un témoin et un acteur d’une longue séquence de l’histoire politique et sociale du Maroc. Un homme qui aura connu les années les plus difficiles, participé aux transformations de la société marocaine et accompagné, de l’intérieur, l’évolution de la question des droits humains.








