On croyait que la Coupe du monde, qui démarre jeudi 11 juin au Mexique, se jouerait sur les pelouses américaines. Erreur. Le premier match du Mondial 2026 s’est disputé dans un hall d’aéroport, samedi 7 juin, entre un arbitre somalien dûment accrédité par la FIFA et un agent de l’immigration américaine. Score final : Administration 1, FIFA 0.
Jamil Manar
La victime de cette étonnante ouverture de tournoi s’appelle Omar Abdulkadir Artan. À 34 ans, l’homme avait pourtant tout pour entrer dans l’histoire : élu meilleur arbitre africain en 2025, il devait devenir le premier Somalien à officier lors d’une Coupe du monde. Désigné par la FIFA, muni de ses accréditations et de son visa, il croyait naïvement que les règles du football primaient sur celles de la géopolitique et de la politique tout court…
À son arrivée sur le sol américain, l’arbitre a découvert une nouvelle forme de carton rouge. Non pas celui distribué par un homme en noir sur une pelouse, mais par un agent des frontières derrière un guichet. Verdict : entrée refusée, retour à l’expéditeur.
La FIFA, qui passe son temps à vanter l’universalité du football, a pris acte avec la résignation des organisations impuissantes. Le machin de Gianni Infantino a confirmé que le referee somalien ne participerait finalement pas à la compétition. Dans ce nouveau règlement non écrit, être sélectionné par la FIFA ne garantit manifestement pas d’être sélectionné par les autorités trumpiennes.
L’affaire trouverait son origine dans les restrictions migratoires visant plusieurs pays, dont la Somalie, maintenues et durcies par l’administration Trump. Le président américain, qui n’a jamais caché son mépris qui exhale les relents du racisime pour certains pays africains qu’il a qualifié de pourris , semble ainsi avoir réussi un exploit inédit : transformer un arbitre de Coupe du monde en sujet de politique migratoire.
Pour de nombreux observateurs, cette décision pour le moins surprenante dépasse largement le simple cadre administratif. Elle s’inscrit dans un climat politique marqué depuis des années par les prises de bec spectaculaires entre Donald Trump et la communauté somalo-américaine, dont la figure la plus emblématique demeure la députée d’origine somalienne Ilhan Omar, cible régulière des attaques du locataire de la Maison-Blanche.
Le plus ironique dans cette histoire reste sans doute que l’arbitre n’était même pas venu pour jouer. Il venait simplement faire respecter les règles. Mais dans l’Amérique à la sauce Trump, les lois du football continuent d’exister, mais elles jouent désormais en deuxième division derrière celles de l’immigration.
Au rythme où vont les choses, la FIFA pourrait être contrainte d’ajouter un nouveau chapitre à ses règlements: après les hors-jeu, les mains et les fautes grossières, place aux hors-frontières.
Potins du mondial

Les organisateurs promettaient une fête planétaire. Certains supporters ont cru acheter un billet pour un match. Ils découvrent qu’ils se sont inscrits à un concours administratif grandeur nature. Entre formulaires, rendez-vous consulaires, justificatifs et délais imprévisibles, beaucoup estiment que franchir les frontières américaines est plus compliqué que franchir la défense du Brésil. Plusieurs fédérations envisageraient même de distribuer des médailles aux supporters qui réussissent à atteindre le stade.

Aux États-Unis, certains observateurs ironisent sur le fait qu’un nouveau sélectionneur est apparu. Son nom : l’Oncle Sam. Son pouvoir : décider qui participe au tournoi et qui reste à la maison. Son système de jeu est simple : un tampon, un guichet et beaucoup d’incertitude. Son slogan: « Qualification sportive validée, qualification administrative en cours.

Les organisateurs promettent une sécurité maximale. Certains supporters commencent à penser qu’elle sera tellement maximale qu’il sera plus facile d’entrer dans une surface de réparation que dans le pays lui-même. Un plaisantin a même proposé de remplacer les mascottes du tournoi par deux agents de contrôle frontalier tenant un scanner dans une main et un formulaire dans l’autre.

Pendant des décennies, le rêve américain consistait à arriver aux États-Unis pour y bâtir son avenir. En 2026, le rêve américain du supporter est devenu beaucoup plus modeste : parvenir à entrer dans le pays, trouver son stade, assister au match et repartir avec son passeport intact. Certains considèrent déjà cela comme une victoire plus prestigieuse qu’une qualification en huitièmes de finale.

Les experts du football débattent depuis des années de la règle du hors-jeu. Le Mondial 2026 innove avec le concept de « hors-frontière ». Le principe est simple : vous êtes parfaitement en règle sur le terrain mais pas forcément à l’aéroport. Les supporters résument désormais la situation avec philosophie : « On peut être en jeu selon la FIFA et hors jeu selon l’administration.

La FIFA de Gianni Infantino a ouvert un bureau à la Trump Tower. à New York. Officiellement, il s’agit simplement d’une antenne destinée à gérer les opérations, les partenariats commerciaux et les préparatifs des compétitions organisées en Amérique du Nord. Officieusement, Gianni Infantino semble avoir trouvé un raccourci entre Zurich et la Maison-Blanche dont le locataire du moment s’est vu décerner d’un Prix FIFA de la paix, inventé de toutes pièces par M. Infantino . La prochaine innovation Infantinienne pourrait être un Ballon d’Or de la diplomatie immobilière. Une question reste posée : est-ce la FIFA qui a ouvert une antenne à la Trump Tower… ou la Trump Tower qui a ouvert une succursale à la FIFA ?

Les Lions de l’Atlas se sont envolés mercredi 5 juin vers les États-Unis. Tous ? Pas tout à fait. Tel un personnage d’Astérix résistant encore et toujours à l’envahisseur, Zakaria El Ouahdi est resté bloqué sur le tarmac, victime d’un adversaire redoutable : l’administration des visas. Pendant que ses coéquipiers découvraient leur camp de base, lui découvrait les joies des formulaires, des rendez-vous et des délais indéterminés. Finalement autorisé à rejoindre le groupe quelques jours plus tard, il est devenu le premier Lion de l’Atlas à réussir un dribble sur la bureaucratie américaine.








