Présentée depuis des années comme une réforme urgente et incontournable, la refonte des régimes de retraite devra finalement attendre la prochaine législature.
JAMIL MANAR
Après avoir passé près de cinq années à promettre une réforme jugée « urgente » et « incontournable », le gouvernement a finalement choisi la solution la plus confortable : laisser le dossier à ses successeurs. La réforme des retraites, pourtant présentée comme une priorité nationale, ne verra donc pas le jour avant la prochaine législature. Une manière élégante de reconnaître qu’aucun gouvernement n’aime ouvrir un dossier où tout le monde a quelque chose à perdre… mais où personne ne veut assumer le coût politique. Officiellement, l’exécutif invoque l’absence de consensus avec les centrales syndicales et la complexité des arbitrages financiers et sociaux. Des arguments recevables, certes, mais qui peinent à masquer une réalité plus politique : à l’approche des échéances électorales, il est toujours plus simple de transmettre le dossier que de prendre des décisions impopulaires. Devant la Chambre des conseillers, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, a rappelé que la pérennité des caisses de retraite exige une réforme, qu’elle soit progressive ou globale. Une évidence que personne ne conteste. Encore faut-il la traduire en actes.
Depuis plusieurs années, les rapports des institutions nationales tirent pourtant la sonnette d’alarme. Le vieillissement de la population, la baisse du ratio entre cotisants et retraités et les déficits annoncés de certains régimes rendent l’inaction de plus en plus coûteuse. Chaque année perdue réduit les marges de manœuvre et augmente le prix de la réforme. Le Chef du gouvernement avait bien renvoyé le dossier à la concertation avec les partenaires sociaux, dans l’espoir de construire un compromis. Mais, à l’arrivée, le dialogue n’a produit ni accord ni réforme. Résultat : la commission technique ferme ses travaux, le gouvernement boucle son mandat… et le problème reste entier. En politique, certains dossiers sont qualifiés de « bombes à retardement». Celui des retraites ressemble désormais à une véritable course de relais : chaque gouvernement court avec le témoin avant de le transmettre au suivant, en espérant ne pas être celui qui franchira la ligne d’arrivée avec la facture entre les mains.
Le prochain exécutif héritera ainsi d’un chantier colossal, où il faudra arbitrer entre hausse des cotisations, recul de l’âge de départ, évolution du mode de calcul des pensions ou mobilisation de nouvelles ressources financières. Autant de décisions difficiles qui n’ont fait que gagner en complexité à force d’être différées.
Car reporter une réforme ne supprime jamais le problème. Bien au contraire : il le renchérit. Plus le temps passe, plus les déséquilibres financiers s’aggravent, plus les ajustements nécessaires deviennent douloureux et plus le consensus devient difficile à construire. En définitive, ce gouvernement ne laisse pas seulement un dossier ouvert à son successeur. Il lui transmet une véritable patate chaude, devenue encore plus brûlante après plusieurs années d’attente. Reste à savoir si le prochain exécutif aura le courage politique de la saisir… ou s’il choisira, lui aussi, de la passer au suivant.








