La pseudo-affaire sonne toujours au bon moment !
La relation franco-marocaine « a changé d’échelle ». La formule, répétée à l’envi par le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, et le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à l’issue de la 15ᵉ Réunion de haut niveau Maroc-France, tenue le 16 juillet 2026 à Rabat, se voulait le symbole d’un nouveau départ. La signature de quatorze accords dans des domaines aussi stratégiques que les infrastructures, la sécurité, l’eau, la recherche ou l’innovation semblait confirmer cette volonté commune d’ouvrir une nouvelle page des relations bilatérales.
Pourtant, si la coopération a changé de dimension, certaines vieilles habitudes semblent avoir la vie dure.
À peine la délégation française avait-elle posé ses valises à Rabat que le fantôme de Pegasus refaisait surface. Et pas dans n’importe quel média : c’est Radio France, média public français, qui choisit de publier le jeudi 16 juillet un long article sur cette fausse affaire remontant à l’été 2021, relançant des accusations que le Maroc a toujours catégoriquement rejetées.
Le papier s’ouvre sur le récit de l’examen, en juillet 2021, du téléphone de Sébastien Lecornu – alors ministre des Outre-mer – par les services français de cybersécurité, avant de conclure à l’existence d’« indices de compromission » laissant supposer un « potentiel ciblage ».
Puis vient cette affirmation, assénée comme une certitude : « Nous l’écrivons dès juillet 2021 : le Royaume du Maroc a utilisé Pegasus pour cibler des citoyens et responsables français. »
Une telle affirmation surprend d’autant plus que les autorités marocaines ont toujours contesté ces accusations et qu’aucune décision judiciaire sur le fond n’est venue établir de manière définitive la responsabilité du Royaume. Les contentieux qui ont suivi ont essentiellement porté sur des questions de procédure et de recevabilité. Quant aux spécialistes de la cybersécurité, ils rappellent régulièrement qu’un ciblage supposé ou des indices techniques ne suffisent pas, à eux seuls, à identifier avec certitude un commanditaire.
Cette nuance essentielle semble pourtant s’effacer dès qu’il s’agit de remettre Pegasus à la une.
Mais le plus intrigant n’est peut-être pas le contenu de l’article . C’est son calendrier.
Pourquoi exhumer, cinq ans plus tard, un pseudo dossier abondamment commenté depuis 2021 précisément au lendemain de l’arrivée à Rabat d’une importante délégation ministérielle française ? Pourquoi ce retour au moment où Paris et Rabat affichent leur volonté de relancer un partenariat stratégique sur des bases plus solides ?
Simple hasard éditorial ? Chacun est libre de le penser.
Le fait que ce scénario un peu trop téléphoné émane d’un média étatique français ne manquera toutefois pas d’alimenter les interrogations. Faut-il y voir une simple coïncidence ou la persistance, dans certains milieux médiatiques, d’une lecture des relations franco-marocaines qui peine à suivre le rapprochement diplomatique entre les deux capitales ? La question mérite d’être posée, sans préjuger de la réponse.
Une chose est sûre : Pegasus possède un talent rare, celui de ressurgir exactement quand l’actualité diplomatique s’embellit. Pendant que les ministres signent des accords sur la sécurité, l’industrie, la recherche ou la gestion de l’eau, le logiciel espion signe, lui aussi, son grand retour médiatique en France. Quel remarquable sens du timing !
Il faut reconnaître à cette affaire obscure une qualité exceptionnelle : son extraordinaire capacité de recyclage. À l’heure où l’économie circulaire est érigée en modèle, Pegasus en est peut-être la plus parfaite illustration médiatique. Un dossier ancien, une visite officielle, un nouvel habillage… et voilà un feuilleton qui repart pour une nouvelle saison.








