1936, les premiers congés payés des ouvriers français

En 1936, un vent de réformes sans précédent souffla sur la France. Un moment fondateur de son histoire s’est inscrit dans la mémoire collective du peuple français sous le nom de « Front populaire ». Lorsque la résistance de la classe ouvrière française et l’espoir fou d’une émancipation collective ont conduit à une véritable révolution sociale et culturelle qui a transformé le rapport du pays au travail, aux loisirs et à la vie. Pendant ce temps des premiers congés payés donnés aux ouvriers, le racisme, l’antisémitisme, le fascisme et le nazisme régnaient dans l’Allemagne d’Hitler, l’Italie de Mussolini et l’Espagne de Franco. Une confrontation politique sans précédent va diviser la France en deux camps irréductibles.

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Plaque de la place Timbaud à Payzac, sa ville natale en Dordogne (24)

La moitié des Français voulait passionnément les congés payés et l’autre moitié s’y opposait farouchement. Bref retour sur l’histoire de ces premiers congés alloués par le patronat aux ouvriers, un moment particulier qui a façonné la France d’aujourd’hui. Cette France qui ne s’est pas faite en un jour comme vont essayer de nous la raconter tous les fachos lepénistes, aux portes du pouvoir, aux prochaines érections présidentielles de 2027, avec les soutiens financiers de quelques milliardaires haineux comme il a été longuement expliqué dans les numéros précédents du Canard Libéré (cf. numéros 818 à 845). La France avait été auparavant ravagé par une crise économique sans précédent à cause de la situation internationale qui s’était soudainement dégradée avec la montée des régimes fascistes en Europe. La société française s’était alors fracturée comme jamais auparavant. Cette histoire commence en 1933, tandis que des ouvriers se rendent sur la Tour Eiffel pour remplacer les ampoules d’une immense publicité à la gloire de la célèbre marque automobile Citroën. Entre 1925 et 1934, Citroën écrivait son nom chaque nuit en lettres de feu sur le monument le plus emblématique de la capitale parisienne.

Et en 1933, c’est dans l’immense usine qu’André Citroën a construit le long de la Seine, à Javel, qu’un conflit social, sans doute prémonitoire, va se déployer. Alors que la France est durement frappée par la terrible crise économique née aux États-Unis en 1929, qui fragilise son temple du taylorisme et de la rationalisation et du travail à la chaîne, qu’André Citroën n’hésite pas à accélérer le rythme de ses 30 000 ouvriers. Pire encore, André Citroën, comme beaucoup d’industriels de l’époque, décide d’une baisse arbitraire de 30 % des salaires. Immédiatement, la colère gronde dans les ateliers et les ouvriers décident d’agir. Mais André Citroën reste inflexible. Le génial inventeur de la traction avant, n’hésite pas un instant à licencier massivement les grévistes, à évincer les meneurs du mouvement et à faire appel aux forces de l’ordre pour interdire toute manifestation dans son usine. Car pour André Citroën, il n’est pas question de tolérer une action syndicale dans son entreprise. Et les ouvriers ne peuvent alors compter que sur l’aide clandestine de militants syndicaux chevaleresques. À l’instar du syndicaliste du périgourdin Jean-Pierre Thimbault. Né en Dordogne, c’est un des fondateurs de la CGT (Confédération Générale du Travail). Il a été emprisonné par Pétain et mort fusillé en 1941 par l’occupant allemand.  

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