Une simple vidéo tournée par un militant espagnol de la cause animale a suffi à remettre le Jardin zoologique de Rabat sous le feu des projecteurs. Loin d’être un simple réquisitoire, son travail s’apparente à un véritable diagnostic de terrain, gratuit mais potentiellement salutaire, qui met en lumière les forces du parc autant que ses fragilités.
Images à l’appui, le créateur de contenu Mario Xtrauss pointe plusieurs situations qu’il juge préoccupantes. Il s’interroge sur l’état de santé de certains pensionnaires, notamment un éléphant et un chimpanzé qu’il estime visiblement amaigris, relève des comportements pouvant traduire une forme de détresse chez certains animaux et dénonce des bassins insuffisamment entretenus ainsi que des enclos qu’il considère trop minéraux ou pauvres en stimulation. Son constat dépasse toutefois les seuls cas individuels. Le militant questionne le décalage entre les ambitions affichées du zoo en matière de conservation de la biodiversité et la réalité observée sur le terrain. Selon lui, la mission de préservation des espèces, pourtant au cœur de l’identité du parc, gagnerait à être davantage accompagnée d’une amélioration continue des conditions de vie et du bien-être des animaux. La vidéo ne se résume pourtant pas à une succession de critiques. Mario Xtrauss souligne également plusieurs réussites du Jardin zoologique de Rabat.
Il salue notamment la qualité de certains espaces consacrés aux reptiles, les installations des tortues radiées, ainsi que l’enclos des macaques de Barbarie, qu’il juge bien conçu et favorable à l’expression des comportements naturels des animaux. Ces exemples démontrent, selon lui, que le parc dispose du savoir-faire nécessaire lorsque les moyens et les choix d’aménagement sont au rendez-vous. Le principal enseignement de cette visite réside précisément dans ce contraste : d’un côté, des installations modernes et adaptées ; de l’autre, des espaces qui semblent avoir souffert d’un manque d’entretien, d’enrichissement ou de suivi. Le militant insiste notamment sur la nécessité de développer des activités de stimulation pour plusieurs espèces, en particulier les primates et les oiseaux, afin de lutter contre l’ennui et les comportements liés à la captivité.
Devenue virale, cette vidéo agit finalement comme un signal d’alerte plutôt que comme une attaque contre l’institution. Elle fait écho aux observations de nombreux visiteurs qui évoquent depuis plusieurs années une dégradation progressive du parc, tant au niveau des infrastructures que de la diversité animale. Parce qu’il émane d’un observateur extérieur, indépendant et engagé dans la défense du bien-être animal, ce diagnostic constitue une occasion de procéder à une évaluation approfondie de la situation. Plus qu’une polémique, il peut servir de levier pour engager les corrections nécessaires et permettre au Jardin zoologique de Rabat de retrouver le niveau d’excellence et le rayonnement auxquels il aspire, notamment dans sa mission de conservation d’espèces emblématiques comme le lion de l’Atlas.
Zoo de Rabat : Les animaux paient l’addition
Treize ans après son inauguration et plusieurs centaines de millions de dirhams engloutis, le Zoo de Rabat est devenu le parfait exemple d’un projet où la communication a prospéré pendant que les infrastructures dépérissaient et les animaux mal nourris. Il aura fallu qu’un youtubeur espagnol expose des enclos délabrés, des bassins insalubres et des bêtes évoluant au milieu des déchets pour faire voler en éclats le vernis officiel. Cette débâcle engage directement la responsabilité de la direction générale du zoo, incapable d’assurer les missions élémentaires de l’établissement, mais aussi celle du ministère de l’Agriculture, sa tutelle, dont les contrôles, audits et mécanismes de suivi semblent avoir été anesthésiés. Au final, les centaines de millions investis auront surtout servi à financer une belle brochure: derrière la vitrine, c’est la gouvernance qui est aujourd’hui en cage pendant que les responsables sont en liberté…








