Est-il devenu, malgré lui, le « briseur de grève » des robes noires ? Entre droit, devoir, grève et reprise, l’ex-ministre PJD de la Justice accepte de se prêter au jeu d’un entretien… forcément fictif, mais pas totalement innocent.
Maître Ramid, vous êtes ancien ministre de la Justice, avocat de profession et vous voilà aujourd’hui aux côtés des confrères qui veulent reprendre le travail. Certains vous accusent de jouer les « briseurs de grève ». Vous plaidez coupable ?
Absolument pas. Je ne brise rien. Je constate simplement que la grève est déjà suffisamment longue pour que certains avocats commencent à plaider… pour leur propre reprise !
Vous avez donc choisi votre camp ?
Je n’ai pas choisi un camp. J’ai choisi la robe.
Pourtant, vous étiez hier ministre de la Justice et vous voilà aujourd’hui en train de demander aux avocats de reprendre les tribunaux. Certains trouvent le parcours plutôt… circulaire.
C’est la beauté du métier : autrefois, je demandais aux avocats de travailler. Aujourd’hui, je leur demande encore de travailler. Entre les deux, j’ai simplement changé de côté du bureau !
Vous ne craignez pas d’être accusé de défendre, indirectement, la position du gouvernement ?
Moi ? Défendre le gouvernement ? Je suis avocat.
Je défends surtout les dossiers qui arrivent sur mon bureau. Et en ce moment, le dossier le plus urgent semble être celui de la reprise !
Mais l’Association des barreaux du Maroc maintient la suspension des prestations et réclame toujours le retrait de la loi 66.23.
Très bien. Mais une grève illimitée a une particularité : elle risque de devenir illimitée… dans ses résultats également.
Vous dites donc que la grève ne sert plus à rien?
Disons qu’après autant de semaines, même les robes noires commencent à prendre la poussière.
Vos confrères grévistes pourraient vous répondre que vous êtes en train de casser leur mouvement.
Je ne casse pas la grève. Je propose simplement qu’on lui accorde une sortie honorable.
Une sortie honorable ?
Oui. On pourrait organiser une cérémonie. Discours, poignées de main, photo souvenir… et lundi matin, tout le monde au tribunal.
Certains diront que vous êtes devenu le « ministre de la reprise ».
Pourquoi pas ? Mais attention : je demande un ministère sans portefeuille. Et surtout sans grève !
Une dernière question. Si vos confrères vous disent : « Maître, vous êtes un briseur de grève », que leur répondez-vous ?
Je leur réponds comme avocat : «Objection ! Je ne brise pas la grève, je demande simplement sa mise en liberté provisoire. »
Et si le juge refuse ?
Alors, comme tout bon avocat, je ferai appel.
Même contre vos confrères?
Surtout contre eux. Après tout, il faut bien que quelqu’un plaide la reprise !








