Le succès des constructeurs chinois repose largement sur des prix très agressifs. Mais un véhicule ne se résume pas à son écran tactile, à son toit panoramique ou à son design séduisant.
Jamil Manar
Leur design séduit. Leur prix défie toute concurrence. Leurs ventes explosent. Mais derrière l’ascension fulgurante des voitures hybrides chinoises au Maroc, une question gagne du terrain : ces véhicules sont-ils aussi sûrs que leurs rivaux japonais, coréens ou européens ?
Les images d’incendies spectaculaires diffusées sur les réseaux sociaux, notamment après des accidents, alimentent les inquiétudes. Entre réalité, désinformation et véritables défis techniques, coup de projecteurs sur un phénomène qui divise.
Au Maroc, les marques automobiles chinoises connaissent une progression spectaculaire. BYD, Geely, Changan, GAC, DFSK, JAC, BAIC, MG (désormais propriété du groupe chinois SAIC) ou encore Omoda et Jaecoo multiplient les lancements. Leur recette est simple : un équipement généreux, un design moderne, des technologies embarquées et des tarifs souvent inférieurs de 20 à 40 % à ceux de leurs concurrentes. Cette stratégie porte ses fruits. De nombreux automobilistes franchissent le pas, attirés par un rapport qualité-prix particulièrement compétitif.
Des vidéos qui inquiètent
Parallèlement à ce succès commercial, les réseaux sociaux regorgent de vidéos montrant des voitures chinoises en flammes après un accident. Certaines séquences sont authentiques, d’autres sont sorties de leur contexte ou attribuées à tort à une marque donnée. Plusieurs vidéos présentées comme des incendies de BYD se sont révélées concerner d’autres modèles, tandis que d’autres explosions largement partagées étaient dues à des causes extérieures, comme une fuite de gaz transporté dans le véhicule.
Cette confusion illustre la nécessité de distinguer les faits des rumeurs. Une batterie peut-elle prendre feu ? Oui. Comme toutes les voitures électrifiées, les hybrides rechargeables et les électriques utilisent des batteries lithium-ion susceptibles, dans des circonstances exceptionnelles, de subir un “emballement thermique” après un choc extrêmement violent, une perforation ou un défaut majeur.
Toutefois, les spécialistes rappellent que ce phénomène demeure rare. Les constructeurs intègrent plusieurs niveaux de protection électronique et mécanique destinés à isoler automatiquement la batterie après un accident. Les protocoles d’homologation européens imposent d’ailleurs des contrôles spécifiques sur les systèmes haute tension après collision. Toutes les voitures chinoises se valent-elles ? Certainement pas.Parler des “voitures chinoises” comme d’un ensemble homogène serait une erreur. Certaines marques investissent des milliards d’euros dans la recherche et le développement, disposent de centres d’ingénierie en Europe et obtiennent d’excellents résultats aux crash-tests internationaux. À l’inverse, certains modèles plus économiques ont révélé des faiblesses préoccupantes. En 2025, par exemple, l’une des versions de la MG3 a obtenu quatre étoiles aux essais Euro NCAP, mais les ingénieurs ont détecté une défaillance inhabituelle du verrouillage du siège conducteur lors d’un choc frontal. Le constructeur a ensuite lancé une campagne de rappel afin de corriger ce défaut.
Cette affaire montre qu’aucun constructeur n’est à l’abri d’un problème de conception, mais aussi que les systèmes indépendants de contrôle jouent pleinement leur rôle. Le succès des constructeurs chinois repose largement sur des prix très agressifs. Mais un véhicule ne se résume pas à son écran tactile, à son toit panoramique ou à son design séduisant. La véritable qualité d’une automobile se mesure aussi à des critères souvent invisibles : résistance de la cellule de survie, efficacité des airbags, protection des occupants lors d’un choc latéral, comportement de la batterie après un accident, disponibilité des pièces détachées, qualité du réseau après-vente et réactivité en cas de rappel. Autant d’éléments que peu d’acheteurs examinent avant de signer un bon de commande.
Le Maroc est-il suffisamment préparé ?
La progression rapide des véhicules hybrides et électriques soulève également des questions d’infrastructure. Les services de secours disposent-ils de protocoles spécifiques pour intervenir sur des véhicules à haute tension ? Les dépanneurs sont-ils suffisamment formés ? Les garages indépendants possèdent-ils les compétences nécessaires pour intervenir en toute sécurité sur ces technologies ? Ces interrogations concernent l’ensemble des véhicules électrifiés, quelle que soit leur origine.
Faut-il s’inquiéter ?
À ce stade, rien ne permet d’affirmer que les voitures hybrides chinoises présentent, dans leur ensemble, un niveau de danger supérieur à celui de leurs concurrentes. En revanche, leur arrivée massive impose une vigilance accrue. Les consommateurs gagneraient à regarder au-delà du prix et du design en consultant les résultats des crash-tests indépendants, les campagnes de rappel et la réputation du constructeur en matière de sécurité et de service après-vente. En matière d’automobile, le véritable luxe n’est ni le grand écran ni les équipements dernier cri. Le véritable luxe qui n’a pas de prix reste de pouvoir sortir vivant d’un accident…








