Conseil d’administration de la CNSS : La couverture sociale à marche forcée, l’équation financière en jeu

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La généralisation de la protection sociale entre  dans une nouvelle phase, où la question ne sera plus seulement celle de la couverture, mais aussi celle de sa soutenabilité.

Le Conseil d’administration de la Caisse nationale de sécurité sociale, réuni jeudi 3 septembre sous la présidence de Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, a validé les comptes de l’exercice 2025 ainsi que le plan d’action et le budget pour 2026. Il a également approuvé plusieurs décisions destinées à accompagner l’élargissement des missions de la CNSS, notamment le renforcement de la cybersécurité, la création d’une filiale consacrée à l’accélération de la transformation digitale et une autre dédiée à la gestion des polycliniques de la Caisse. 

Sur le papier, les indicateurs sont plutôt flatteurs. Le nombre de salariés déclarés a progressé de 4 % pour atteindre 4,24 millions, tandis que la masse salariale déclarée a bondi de 10 %, à 244,84 milliards de dirhams. Les cotisations dues ont atteint 36,46 milliards, en hausse de 9 %, tandis que les prestations du régime général sont passées de 29,7 à 31,5 milliards de dirhams. 

La Caisse a intensifié ses opérations de contrôle et d’inspection. 10 411 missions ont été réalisées en 2025, soit 22 % de plus qu’un an auparavant. Elles ont permis de régulariser la situation de 151 682 salariés et de faire émerger une masse salariale de 6,6 milliards de dirhams, en progression de 63 %. Le recouvrement suit la même trajectoire : 5,25 milliards de dirhams ont été récupérés en 2025, contre 4,79 milliards en 2024.

Ces résultats sont évidemment positifs pour les comptes de la Caisse. Mais ils révèlent aussi un potentiel contributif encore insuffisamment capté et d’une économie où une partie de l’activité échappe encore aux mécanismes de déclaration et de protection sociale.

Autrement dit, la généralisation de la couverture passe aussi par une bataill décisive : faire entrer durablement dans le système ceux qui en restent encore à la périphérie. Le véritable changement de dimension apparaît toutefois du côté de l’Assurance maladie obligatoire. La population éligible aux différents régimes de l’AMO a atteint 25,08 millions de personnes en 2025, tandis que les prestations versées ont progressé de 17 %, à 22,65 milliards de dirhams. 

La progression est particulièrement marquée pour les travailleurs non salariés. Leur régime compte désormais 1,69 million d’assurés principaux, soit 4 % de plus qu’en 2024. Mais leurs prestations ont bondi de 24 %, atteignant 2,28 milliards de dirhams. Et c’est là que réside le véritable défi.  Le ratio entre prestations et cotisations atteint désormais 157 %, contre 132 % environ un an auparavant. En clair, pour 100 dirhams de cotisations encaissées, le régime verse environ 157 dirhams de prestations. Ce n’est plus une simple tension comptable. C’est un véritable sujet de soutenabilité.

Or, la solidarité comme l’a toujours souligné le DG de la CNSS Hassan Boubrik ne peut pas fonctionner sans financement durable. Le succès politique et social de la généralisation de la protection sociale ne doit pas masquer cette réalité : plus la couverture s’élargit, plus la facture augmente.

Le régime TADAMON a couvert 3,95 millions de personnes et généré 8,49 milliards de dirhams de prestations. De son côté, le régime ACHAMIL connaît une croissance spectaculaire : le nombre d’assurés principaux a augmenté de 70 %, pour atteindre 265 551 personnes, avec 1,36 milliard de dirhams de prestations servies.

Le Maroc a donc réussi une partie particulièrement difficile du chantier : faire entrer des millions de personnes supplémentaires dans le périmètre de la protection sociale. La prochaine étape s’annonce plus délicate  : faire en sorte que cette couverture reste financièrement viable dans la durée. Car un système social ne se juge pas uniquement au nombre de bénéficiaires qu’il réussit à intégrer. Il se juge aussi à sa capacité à financer durablement les prestations promises.

La CNSS se digitalise pour mieux contrôler

Dans ce contexte, la décision de créer une filiale dédiée à la transformation digitale prend une importance particulière. Elle intervient après des cyberattaques ayant exposé des données personnelles d’affiliés et alors que la CNSS gère désormais des volumes considérables d’informations sensibles. Le renforcement de la sécurité informatique apparaît donc comme une nécessité autant qu’un investissement stratégique. 

La digitalisation pourrait également devenir un outil majeur de lutte contre la fraude, d’amélioration du recouvrement et de simplification des démarches. La création d’une autre filiale consacrée aux polycliniques de la CNSS traduit, elle, l’élargissement continu du périmètre d’intervention de la Caisse.

Le vrai défi commence maintenant

La CNSS peut légitimement afficher des résultats en progression. Mais l’ampleur de sa transformation impose désormais une autre exigence : ne pas confondre généralisation et soutenabilité. Le Maroc est en train de bâtir un système social beaucoup plus large, plus inclusif et plus ambitieux. C’est une transformation majeure. Mais elle devra s’accompagner d’une  vision financière solide, particulièrement pour les régimes dont les recettes ne suivent pas encore le rythme des dépenses.

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