PISA 2025 : Le Maroc recalé et pas qu’un peu…

En trois ans, le score marocain a perdu 10 points en mathématiques et 18 points en lecture. Une baisse qui interroge…

Jamil Manar

Les chiffres dévoilent souvent une réalité que les discours institutionnels cherchent à maquiller ou masquer . Ainsi des indicateurs de PISA 2025. Avec 358 points en sciences, 355 en mathématiques et seulement 321 en lecture, le Maroc reste très loin des standards des pays de l’OCDE. Plus préoccupant encore : les performances reculent dans deux des trois domaines évalués.

En trois ans, le score marocain a perdu 10 points en mathématiques et 18 points en lecture, tandis que l’évolution en sciences n’est pas statistiquement significative. C’est donc surtout la capacité à lire, comprendre, interpréter et mobiliser l’information qui semble décrocher. Et derrière cette baisse, se pose une question beaucoup plus inquiétante qu’un simple classement international : que maîtrise réellement un élève marocain de 15 ans lorsqu’il quitte progressivement le socle des apprentissages fondamentaux? La lecture est ici le signal d’alarme le plus retentissant. Avec 321 points, elle constitue le talon d’Achille du système. Or savoir lire ne signifie pas seulement déchiffrer des phrases. C’est comprendre un texte, identifier une information, confronter plusieurs sources, distinguer un fait d’une opinion, raisonner à partir de ce que l’on lit et être capable de restituer une pensée cohérente. Autrement dit, la lecture est à la fois un apprentissage et l’infrastructure de presque tous les autres apprentissages.

Il serait toutefois trop facile de transformer PISA en procès exclusivement marocain. L’OCDE constate elle-même une dégradation des performances moyennes dans nombre de ses pays membres comme la France. En 2025, les niveaux moyens enregistrés en sciences, mathématiques et lecture y atteignent des niveaux historiquement faibles. La pandémie de Covid-19, les ruptures scolaires qu’elle a provoquées, l’évolution des usages numériques, la concurrence des écrans, la fragilisation de certaines compétences fondamentales et les transformations des méthodes d’apprentissage constituent autant d’éléments du problème. Mais cette comparaison ne doit surtout pas servir d’alibi.

Car le Maroc part de beaucoup plus loin. Seuls 23 % des élèves marocains atteignent au moins le niveau minimal de compétence en sciences, 16 % en mathématiques et à peine 13 % en lecture. Ces proportions donnent à la séquence PISA une dimension autrement plus préoccupante que celle d’un simple recul de quelques points. La question n’est donc pas seulement de savoir pourquoi les scores baissent. Il s’agit de comprendre pourquoi une majorité écrasante des élèves évalués n’atteint même pas le niveau minimal attendu dans ces compétences fondamentales. Cependant, il convient de relever que les élèves évalués par PISA 2025 ne sont pas le produit des écoles primaires pionnières. Ces apprenants avaient environ 15 ans au moment de l’évaluation. Or le déploiement des écoles pionnières a commencé en 2023. Ils avaient donc déjà effectué une grande partie de leur parcours scolaire avant la mise en œuvre de ce nouveau dispositif qui n’a pas encore eu le temps de produire ses effets sur cette génération.

Cette dégringolade montre l’ampleur du chantier que la réforme doit affronter. Les difficultés révélées aujourd’hui sont précisément celles qui justifient l’urgence de transformer les méthodes d’enseignement, de renforcer les apprentissages fondamentaux et de mieux accompagner les élèves en difficulté. Le véritable verdict sur les réformes engagées ne pourra donc pas être rendu à partir de PISA 2025. Il faudra attendre les prochaines vagues d’évaluation pour mesurer si les changements introduits dans les premières années du parcours scolaire produisent réellement leurs effets à long terme. Ne plus confondre réforme et dispositif. Une réforme éducative ne se mesure pas au nombre d’écoles estampillées « pionnières », au nombre de dispositifs lancés ou à la quantité de circulaires produites. Elle se mesure à quelque chose de beaucoup plus simple et de beaucoup plus exigeant : ce que l’élève sait effectivement faire : Lire. Comprendre. Écrire. Calculer. Résoudre un problème. Raisonner. Argumenter. Mobiliser des connaissances dans une situation nouvelle.

Résultats mesurables

L’école peut multiplier les programmes, changer les appellations, réorganiser les structures et moderniser ses outils. Si, au bout du compte, un élève de 15 ans peine à comprendre un texte complexe ou à résoudre un problème mathématique élémentaire, le système doit regarder ses résultats en face et agir en conséquence. PISA ne dit évidemment pas tout de l’école marocaine. Une enquête internationale ne peut résumer à elle seule la qualité d’un système éducatif, la réalité quotidienne des enseignants, les disparités territoriales ou les efforts accomplis dans certaines établissements. Mais elle constitue un miroir utile.

Et le miroir, cette fois, n’est guère flatteur. Le Maroc ne manque ni de diagnostics ni de réformes. Depuis des années, rapports, stratégies et programmes soulignent les mêmes faiblesses : apprentissages fondamentaux insuffisants, inégalités entre territoires, difficultés de maîtrise des langues, décrochage scolaire, qualité variable de l’enseignement et accompagnement encore insuffisant des élèves les plus vulnérables. Le véritable défi consiste à transformer cette succession de constats en résultats mesurables. Car derrière les 321 points en lecture, il n’y a pas seulement une statistique internationale. Il y a un adolescent qui risque d’entrer dans l’enseignement supérieur, la formation professionnelle ou le marché du travail avec des compétences insuffisamment solides.

Derrière les 355 points en mathématiques, il y a une capacité de raisonnement à consolider. Et derrière les 358 points en sciences, il y a la nécessité de préparer une génération appelée à évoluer dans une économie où la technologie, l’intelligence artificielle, l’innovation et les compétences scientifiques pèseront de plus en plus lourd. Le Maroc ne peut donc pas se contenter de remonter dans un classement. Il doit faire remonter le niveau réel de ses élèves. C’est là toute la différence entre une politique éducative qui cherche à améliorer son image et une réforme qui cherche réellement à transformer l’école. PISA 2025 ne condamne pas la réforme en cours. Elle ne permet même pas encore de la juger pleinement. Mais elle rappelle, avec la froideur implacable des chiffres, pourquoi cette réforme était nécessaire. Le prochain rendez-vous sera donc décisif: les générations formées dans le cadre des nouvelles méthodes devront enfin transformer les promesses de réforme en points, mais surtout en compétences.

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