Il fallait bien un hélicoptère. Pas pour survoler la misère — ça, on peut le faire en première classe — mais pour atterrir sur une frontière avec le bruit, la poussière et la photo qui va avec. Quand on cultive la xénophobie à haute altitude, l’arrivée en fanfare fait partie du package. La stigmatisation du migrant commence, elle, par un joli rotor et une entrée de star.
Marion Maréchal, la nièce de Marine Le Pen, qui lorgne à nouveau du côté de l’Élysée, a donc choisi Sebta — Ceuta, pour les non-initiés — pour venir défendre, selon ses propres termes, cet « avant-poste de l’Europe » pour « apporter mon soutien à la population, victime d’une véritable invasion migratoire.» Savoureux : pour faire campagne dans l’Hexagone, la voilà qui fait escale… au Maroc! Petite leçon de géographie : Sebta se trouve au nord du Maroc, elle est sous occupation espagnole depuis des siècles et elle n’est toujours pas en France. Google Maps doit commencer à sérieusement s’inquiéter.
Le niveau du RN, c’est connu, ne vole pas très haut. Sauf quand il s’agit de louer un hélicoptère pour survoler le phénomène migratoire entre raccourcis et amalgames, stigmatisation de l’étranger et simplification des crises. Histoire d’escamoter les problèmes intérieurs en pagaille qui fâchent sur le sol français… La frontière, visiblement, n’est pas fermée pour tout le monde : certains la survolent, d’autres sont sommés de ne surtout pas l’approcher. Il y a ceux qui ont un hélico et ceux qu’on veut refouler. Deux poids, deux frontières. Une frontière, c’est comme un selfie : tout est question d’angle.
À Sebta, la voleuse de frontières… en hélico ne s’est pas contentée de son numéro xéno-migratoire. Elle a appelé à « sanctionner les pays étrangers » qui utiliseraient les migrations comme une « menace hybride » contre l’Europe, une déclaration interprétée par plusieurs observateurs comme une mise en cause indirecte du Maroc. Sur ce point, le dossier est loin d’être aussi simple que les raccourcis de la Marion-marionnette. Le Centre européen d’excellence pour la lutte contre les menaces hybrides a appelé à la prudence, jugeant peu crédible de parler d’une menace hybride marocaine.

Mais pourquoi s’embarrasser de nuances quand on peut transformer Sebta en décor électoral ? Une nuance, ça gâche toujours une bonne petite campagne. Voilà donc l’extrême droite française venue faire son numéro de frontière à quelques encablures de la frontière… marocaine. Après l’extrême droite espagnole, voici la française qui découvre les vertus électorales du décor nord-marocain : grillages, migrants, Europe, Maroc et, surtout, une cible toute trouvée. Sebta devient malgré elle une petite scène de politique française avec vue imprenable sur le Maroc.
Car il ne faut pas être grand clerc pour comprendre l’intérêt de l’opération. À l’approche de la présidentielle française, le thème migratoire constitue un terrain particulièrement rentable pour les marchands de la peur. Et Sebta offre le décor factuel idéal… Après le tourisme culturel, le tourisme balnéaire et le tourisme de masse, voici donc le tourisme électoraliste low-cost : on traverse la Méditerranée pour faire campagne sans avoir officiellement l’air de faire campagne. Et avec un hélicoptère, s’il vous plaît. Parce qu’une bonne vieille voiture de location, c’est peut-être trop proche du peuple qu’on prétend défendre.
Le tourisme électoraliste, c’est pratique : on voyage léger, avec quelques slogans anxiogènes dans le sac à main de luxe. À défaut de pouvoir décoller dans les sondages, Marion Maréchal a choisi de prendre l’hélicoptère pour atterrir à Sebta. Mais attention à l’atterrissage ! Le crash politique n’est jamais très loin. Reste à savoir si les électeurs français applaudiront cette équipée hostile … ou s’ils se demanderont pourquoi une campagne présidentielle a besoin de faire escale au Maroc. Avec le carburant devenu hors de prix en France, Ormuz oblige. Dommage de le gaspiller pour faire décoller une campagne dont les idées restent désespérément clouées au sol.








