Football / LNFP : les champions de l’amateurisme

Abdeslam Belkchour, président de la LNFP.

Derrière l’acronyme, il y a Ligue Nationale de Football Professionnel. Professionnel, c’est du moins ce que promettent les statuts. Mais la réalité est tout autre. 

Jamil Manar

À force de vouloir gonfler la Botola comme un ballon de gala, la LNFP a fini par oublier une question élémentaire : sait-elle seulement introduire un peu de rigueur dans la gestion du championnat qu’elle administre ? Le projet avait de l’allure : passer de 16 à 20 clubs, donc plus de matches, plus de déplacements, plus de contrats, plus de dossiers. Bref, plus de tout — sauf, apparemment, de méthode. La proposition avait été servie aux présidents. Puis patatras : abandon. La Botola restera à 16 clubs en 2026-2027. La LNFP l’a confirmé le 20 août, sans détailler publiquement les raisons. Un communiqué, pas une explication. Une décision, pas une leçon. Avant de vouloir gérer quatre clubs supplémentaires, ne faudrait-il pas déjà savoir gérer les quatre coins de la maison ?

Responsabilité

Le 9 septembre, la LNFP annonce officiellement une prolongation du mercato jusqu’au 25 septembre. Petit détail : le système international des transferts de la FIFA affichait toujours le 15 septembre comme date de clôture. Pour les clubs, ce n’est pas une virgule. Une date de mercato, c’est une négociation, un contrat, parfois toute une stratégie sportive. Quand une Ligue publie une décision officielle, les clubs doivent pouvoir s’y appuyer sans vérifier si le sol est peint ou solide.

Sinon, autant ajouter en bas des communiqués : « sous réserve de confirmation, de modification, de rétropédalage ou d’un éventuel problème réglementaire ». Ce serait moins professionnel, mais au moins ce serait clair. Un communiqué de presse ? Plutôt un communiqué de dépresse. Le mercato a frôlé la merco-catastrophe. La question est simple : pourquoi annoncer le 25 septembre avant d’avoir sécurisé définitivement sa validité ? La FIFA peut refuser. Une procédure peut échouer. Cela arrive. Mais lorsqu’une institution communique une décision qui engage les clubs, elle doit ensuite expliquer ce qui s’est passé, quelles conséquences en découlent et qui en assume la responsabilité. C’est précisément le rôle d’une gouvernance professionnelle. Pas celui d’une gouvernance par communiqués à géométrie variable.

La Botola 2026-2027 ne commencera que le 24 septembre, entre contraintes du calendrier international et compétitions nationales. Commencer tard n’est pas, en soi, un dysfonctionnement. Le football marocain doit composer avec ses propres contraintes. Mais une question demeure : si organiser une Botola à 16 clubs exige déjà autant d’ajustements, pourquoi vouloir passer à 20 ? Quatre clubs supplémentaires, ce sont mécaniquement plus de matches, plus de déplacements, plus de contraintes logistiques. Autrement dit : avant d’agrandir la compétition, il aurait peut-être fallu démontrer que son organisation actuelle était parfaitement maîtrisée. Pas seulement « gérée », mot que l’on confond souvent avec « administrée au jour le jour ».

C’est là que se trouve le vrai sujet. Une ligue professionnelle ne se juge pas au nombre d’équipes qu’elle aligne, comme un épicier compte ses boîtes de conserve. Elle se juge à sa capacité à anticiper, décider, communiquer et appliquer ses propres décisions. Les clubs ont besoin de règles stables. Les joueurs et les entraîneurs, de visibilité. Les diffuseurs, de dates fiables. Les partenaires, de prévisibilité. Et les supporters aimeraient simplement savoir quand leur équipe joue. Ce n’est pas demander la Lune. C’est demander que la Ligue sache dans quel fuseau horaire elle organise son propre championnat. Le projet de Botola à 20 clubs aura donc vécu quelques semaines avant de disparaître. Il laisse derrière lui une question beaucoup plus intéressante que celle du nombre d’équipes: et si la première réforme à mener n’était pas celle du championnat, mais celle de la Ligue qui l’organise?

Pas nécessairement une réforme des personnes. Une réforme du fonctionnement. Des procédures plus rigoureuses avant toute annonce. Une meilleure coordination avec la FRMF et la FIFA. Des décisions juridiquement sécurisées avant leur publication. Une communication transparente lorsque quelque chose dérape. Et surtout, une véritable culture de la responsabilité. On décide. On vérifie. On explique. On assume. Quatre temps. Pas un quatre-quarts. C’est la base de toute organisation professionnelle. Le Maroc a considérablement élevé ses ambitions footballistiques. Les infrastructures et le rayonnement des Lions de l’Atlas ont changé l’échelle du football national. La gouvernance, plombée en plus par un championnat indigent et indigeste, doit être à la hauteur de cette ambition. Car le professionnalisme ne consiste pas seulement à avoir de beaux stades, des contrats importants et des compétitions prestigieuses. Il commence par une chose élémentaire : faire en sorte qu’un communiqué soit fiable, qu’un calendrier soit maîtrisé et qu’une décision puisse être appliquée. La Botola à 20 clubs peut attendre.

La réforme de la gouvernance, elle, paraît beaucoup plus urgente. La Botola 2026-2027 ne commencera que le 24 septembre, avec une première journée étalée sur plusieurs jours en raison notamment du calendrier international. Pendant que les grands championnats européens avaient déjà lancé leur saison, le football marocain peaufinait encore son entrée en scène. Avant d’agrandir la maison, il serait peut-être temps de vérifier la plomberie. Parce que ces dernières semaines, les fuites n’ont pas manqué. Et visiblement, ce n’est pas seulement le ballon qui a des trous.


Au Maroc, Abdeslam Belkchour cumule deux responsabilités : il préside la Ligue Nationale de Football Professionnel (LNFP) et a dirigé la Renaissance Club Athletic Zemamra (RCAZ), dont il était président du comité directeur lorsqu’il a été élu à la tête de la Ligue en 2022. Ce cumul pose d’abord une question de séparation des fonctions. La LNFP est chargée d’administrer les compétitions professionnelles auxquelles participent les clubs qu’elle regroupe. Le président de la Ligue se trouve donc, par définition, au centre de décisions qui concernent directement l’ensemble des concurrents, parmi lesquels figure le RCAZ. En France, les statuts de la LFP sont beaucoup plus explicites. La fonction de président de la Ligue est incompatible avec la qualité de membre d’un organe de direction, de président, de dirigeant ou de salarié d’un club membre. En cas d’incompatibilité, le président élu doit abandonner la fonction incompatible dans les quinze jours, faute de quoi il est considéré comme démissionnaire d’office.

En Espagne, la règle est également claire. Les statuts de LaLiga déclarent que la fonction de président est incompatible avec l’exercice d’une fonction dirigeante dans un club ou une société sportive affiliée à LaLiga. Le président exerce par ailleurs les fonctions de gouvernance et dispose de pouvoirs exécutifs. La comparaison ne signifie pas que le cumul marocain constitue en soi la preuve d’un conflit d’intérêt ou de favoritisme. Le problème est celui de la gouvernance et de la perception de l’impartialité. À cela s’ajoute un point crucial : la disponibilité. Diriger une ligue professionnelle représente déjà une charge considérable : programmation des compétitions, règlements, transferts, litiges, relations avec les clubs, réunions, décisions urgentes et gestion administrative. Diriger parallèlement un club professionnel suppose une autre implication quotidienne, avec ses propres contraintes sportives, financières et administratives.

Deux clubs, deux agendas, deux responsabilités… mais un seul dirigeant. Même sans conflit avéré, le cumul peut donc poser une question de disponibilité : lorsque les exigences de la LNFP et celles du club se télescopent, comment garantir que chacune bénéficie du même degré d’attention ? La FRMF elle-même a placé en 2026 la gouvernance et l’indépendance des ligues nationales parmi les chantiers de réforme du football professionnel. (FRMF)

La question mérite donc d’être posée sans procès d’intention : pour professionnaliser davantage le football marocain, ne faudrait-il pas aussi professionnaliser la séparation entre celui qui organise la compétition et ceux qui y participent ? Or, au Maroc, le cumul des fonctions est un sport national. Présidents de clubs devenus députés, élus locaux également engagés dans la direction sportive, responsables politiques et dirigeants sportifs se retrouvent régulièrement sur plusieurs terrains à la fois. Une proximité entre sport, politique et gestion locale qui n’est pas nouvelle. En 2021, plusieurs présidents de clubs figuraient ainsi parmi les candidats aux élections, illustrant l’imbrication ancienne entre football et politique.

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