Peu importe le partenaire, pourvu qu’il y ait une place à table et d’aller à la soupe.
Jamil Manar
À quelques encablures des législatives de septembre 2026, le Parti de l’Istiqlal avance ses pions avec une assurance tranquille: il veut gagner, gouverner… et surtout ne se fermer aucune porte. Car chez les istiqlaliens, on ne pratique pas l’isolement idéologique, mais plutôt l’éclectisme opportun — une tradition presque aussi ancienne que l’indépendance elle-même dont il porte le nom. Selon des indiscrétions relayées par Assabah, le parti de la balance prépare ses alliances non pas en fonction des lignes rouges politiques, mais à l’aune d’un critère beaucoup plus souple : la possibilité de gouverner.

Traduction: Peu importe le partenaire, pourvu qu’il y ait une place à table et d’aller à la soupe. Et pourquoi pas le PJD de Benkirane ? Après tout, l’Istiqlal a déjà partagé le couscous gouvernemental avec lui. Une expérience culinaire et politique que certains, visiblement, n’ont pas jugée indigeste. « Nous n’avons aucun problème à nous allier avec le PJD», confie une source istiqlalienne, évoquant au passage une “référence idéologique commune”. Une formule suffisamment élastique pour s’adapter à toutes les configurations. Car l’Istiqlal, fidèle à sa longue histoire, a toujours su gouverner avec tout le monde : socialistes, conservateurs, libéraux, technocrates ou islamistes. Une constante depuis l’indépendance: rester dans le jeu, coûte que coûte et surtout, rester aux affaires. Quitte à donner parfois l’impression que l’idéologie est un accessoire de campagne, et la participation gouvernementale, une ligne de vie.
Dans cette course où le suspense semble savamment entretenu, les trois piliers de la majorité sortante (Istiqlal, RNI et PAM ) se regardent en chiens de faïence, chacun se voyant déjà en tête. Une compétition serrée, mais où l’Istiqlal affiche une confiance presque olympique. À tel point que son secrétaire général, Nizar Baraka, parle déjà de diriger « le gouvernement de la Coupe du Monde », comme si le scrutin était une formalité administrative entre deux meetings. En coulisses, la machine est bien huilée. Sous la supervision de Mustapha Hanine, fidèle parmi les fidèles, le parti procède à un redéploiement stratégique : nouveaux inspecteurs régionaux, casting affiné des têtes de liste, intégration de recrues fraîchement estampillées istiqlaliennes… Le tout dans une opacité soigneusement entretenue, où les décisions se prennent dans un cercle restreint. Une démocratie interne version comité exécutif.
Le discours officiel, lui, parle de renouvellement, de jeunesse, de dynamique. Mais derrière les mots, une constante demeure : la volonté de reconquête. L’Istiqlal rêve de retrouver son lustre d’antan, celui d’un parti pivot, incontournable, presque institutionnel. Une ambition que le RNI regarde avec un scepticisme à peine dissimulé, persuadé d’être le seul à pouvoir rafler la mise. Baraka, héritier politique autant que gendre d’un ancien Premier ministre, multiplie les appels à la mobilisation. Il exhorte ses troupes à “renforcer l’attractivité” du parti, à éviter les querelles internes et à se préparer à dominer la scène politique. En clair : serrer les rangs, lisser les discours et surtout ne fâcher personne. Car dans la stratégie istiqlalienne, l’ennemi d’aujourd’hui peut être l’allié de demain — et inversement.
Quant au programme électoral, il promet — comme souvent — une “rupture” avec les politiques précédentes. Un exercice d’équilibriste pour un parti qui a, justement, participé à une bonne partie de ces politiques. Mais qu’importe : en politique, la mémoire est courte et les alliances, encore plus flexibles. Au fond, l’Istiqlal ne change pas vraiment. Il perpétue une ligne simple, presque immuable : être là, toujours. À gauche, à droite, au centre… ou directement à la table du pouvoir. Une constance qui force presque le respect — ou, à défaut, un sourire un peu ironique.








