La scène artistique nationale est en deuil. Abdelwahab Doukkali, immense figure de la musique marocaine et arabe, s’est éteint ce vendredi 8 mai 2026 à l’âge de 84 ans, dans une clinique à Casablanca où il devait subir une intervention chirurgicale. Avec sa disparition, le Maroc perd l’un de ses plus grands artistes, une voix singulière qui aura marqué plusieurs générations par son talent, sa sensibilité et son authenticité.
Né à Fès au sein d’une famille modeste de treize enfants, Abdelwahab Doukkali a très tôt nourri une passion profonde pour la musique et les arts. À seulement 19 ans, il quitte sa ville natale pour rejoindre Rabat et intégrer la RTM, alors véritable pépinière des talents marocains. Ce départ marque le début d’un parcours exceptionnel qui le conduira au sommet de la chanson marocaine et à une reconnaissance dans l’ensemble du monde arabe.
Dès le milieu des années 1960, Abdelwahab Doukkali s’impose comme l’une des grandes références de la musique marocaine. Compositeur raffiné et interprète distingué, il a su marier poésie, modernité et enracinement culturel dans des œuvres intemporelles chantées aussi bien en arabe classique qu’en darija. Ses chansons abordaient avec finesse l’amour, les émotions humaines, les transformations sociales et les aspirations d’un peuple en quête d’espoir et de beauté.
Parmi ses titres les plus emblématiques figurent Kan Ya Makan, devenu un classique de la chanson marocaine, Marsoul El Houb, immense succès romantique, Ma Ana Illa Bachar, profonde méditation sur la condition humaine, ainsi que Allah Hay et Souk Al Bacharia. Son répertoire, à la fois populaire et exigeant, a traversé les frontières et continue de résonner dans la mémoire collective.
Mais Abdelwahab Doukkali ne s’est pas limité à la musique. Artiste complet, il a également laissé son empreinte dans le cinéma marocain, en composant plusieurs bandes originales et en participant à différents films, parmi lesquels À la recherche du mari de ma femme, Al Hayat Kifah, Rimal Min Dahab ou encore Khafaya.
Ces dernières années, l’artiste s’était fait plus discret, apparaissant rarement en public. Ceux qui ont eu l’occasion de le rencontrer découvraient un homme cultivé, profondément attaché à l’authenticité artistique, doté d’une grande sensibilité et d’une vision exigeante de l’art. Abdelwahab Doukkali était aussi peintre et collectionneur passionné d’objets d’art. Son célèbre “Petit musée”, aménagé dans son appartement du mythique immeuble Liberté, le fameux 17 étages, à Casablanca, témoignait de son raffinement et de son amour du patrimoine culturel.
Avec la disparition d’Abdelwahab Doukkali, c’est toute une époque de l’art national qui s’én va . Une époque où la chanson savait conjuguer élégance, profondeur et émotion. Son œuvre, elle, demeure immortelle. Elle continuera d’inspirer les artistes et d’accompagner les Marocains comme une bande-son intemporelle de leur mémoire collective.








