Pour espérer battre la France, les hommes de Mohamed Ouahbi devront d’abord neutraliser l’arme fatale française : un jeu de transition éclair emmené par un Kylian Mbappé que son ami Achraf Hakimi aura la lourde mission de neutraliser.
JAMIL MANAR
Quatre ans après la demi-finale du Mondial 2022 au Qatar, perdue 2-0 face à la France, les Lions de l’Atlas retrouvent leur bourreau avec une formidable occasion de prendre leur revanche. À Boston, ce quart de finale, qui se dispute le jeudi 9 juillet, dépasse le simple enjeu d’une qualification : il offre aux Lions de l’Atlas la possibilité de faire oublier cette défaite et de franchir une nouvelle étape dans leur ascension parmi les grandes nations du football mondial.
Après avoir éliminé le Canada avec gloire et panache, les Lions de l’Atlas se retrouvent face à un défi d’une tout autre dimension vu que leur adversaire possède l’une des armes les plus redoutables du tournoi : sa capacité à se projeter vers l’avant en quelques secondes. Plus qu’un duel de talents, ce France-Maroc sera avant tout une bataille de rythmes.
Les Bleus excellent dans les transitions. Une récupération, deux passes, et les flèches françaises sont déjà lancées. C’est précisément ce que les hommes de Ouahbi devront empêcher. L’objectif ne sera pas seulement de défendre bas ou de monopoliser le ballon, mais surtout de casser ce tempo qui fait la force de la sélection française. Chaque perte de balle marocaine pourrait se transformer en occasion de but.
Au cœur de cette bataille tactique, tous les regards seront tournés vers un duel qui sera aussi spectaculaire qu’émouvant : Achraf Hakimi face à Kylian Mbappé. Amis dans la vie, anciens coéquipiers, les deux stars se connaissent par cœur. Mais pendant quatre-vingt-dix minutes, l’amitié cédera la place à la compétition.
Hakimi possède la vitesse, l’intelligence de placement et l’endurance pour rivaliser avec l’attaquant français. Pourtant, stopper Mbappé dans son élan ne sera pas chose aisée. Son accélération foudroyante, ses changements de rythme et sa capacité à éliminer sur le premier appui obligent souvent les défenseurs à choisir entre le risque du duel et la prudence.
Le Maroc ne pourra toutefois pas compter uniquement sur son latéral droit. Neutraliser Mbappé exigera un travail collectif, avec des couvertures permanentes, un milieu capable de couper les lignes de passe et une défense parfaitement coordonnée. Le piège serait de laisser Hakimi seul face à l’attaquant français dans des situations de un contre un à répétition.
Mais les Lions possèdent aussi des arguments. Depuis le début du tournoi, ils ont su faire montre d’une remarquable discipline tactique, une solidarité de tous les instants et une faculté à souffrir ensemble avant de frapper au moment opportun. Cette capacité à réduire les espaces et à frustrer l’adversaire pourrait bien être leur meilleur atout.
L’autre clé résidera dans la maîtrise émotionnelle. Les Français chercheront à imposer un rythme élevé dès les premières minutes. Si les coéquipiers de Ounahi parviennent à ralentir le jeu, à conserver le ballon et à priver les Bleus de leurs transitions rapides, le doute pourrait progressivement s’installer dans le camp adverse.
Plus qu’un simple quart de finale, ce rendez-vous oppose deux visions du football : la verticalité explosive de la France contre l’organisation, la résilience et l’intelligence collective du Maroc. Si les Lions réussissent à déjouer les accélérations françaises, et notamment celles de Mbappé, ils pourraient bien écrire une nouvelle page de leur histoire.
Le plus grand défi n’est donc pas seulement d’arrêter un joueur. Il consiste à désamorcer toute une mécanique offensive. Et c’est peut-être là que se jouera le destin de cette affiche qui promet déjà d’être l’une des plus captivantes de cette Coupe du monde américaine…
Dans la tête des Lions
Entre la demi-finale du Mondial qatari de 2022 face à la France et le quart de finale de celui de 2026, la plus grande différence ne se situe peut-être pas sur le plan tactique, mais dans les têtes. À Doha, les Lions de l’Atlas découvraient un rendez-vous historique face au champion du monde en titre. Quatre ans plus tard, ils sauront aborder les Bleus sans complexe, forts d’une expérience accumulée au plus haut niveau et d’une confiance renforcée. Cette évolution doit beaucoup au travail psychologique entrepris par Mohamed Ouahbi, qui a fait de la préparation mentale un levier essentiel de sa méthode qui a permis au U20 de remporter la coupe du monde. En libérant ses joueurs de l’infériorité psychologique souvent ressentie face aux grandes nations, le sélectionneur offre à ses poulains un atout majeur : la conviction qu’il peut battre n’importe quelle équipe, y compris le coq français…








