La cour d’assises du Val-de-Marne a condamné, samedi 26 septembre 2026, Saad Lamjarred à dix ans de réclusion criminelle pour viol aggravé. Assortie d’un mandat de dépôt, la décision a entraîné son incarcération immédiate au centre pénitentiaire de Fresnes, dans l’attente de la suite de la procédure, sa défense ayant annoncé un pourvoi en cassation.Retour sur une affaire qui a tenu l’opinion en haleine…
Jamil Manar
À l’automne 2016, Saad Lamjarred est une immense vedette. Le chanteur marocain, alors âgé de 31 ans, est à Paris pour préparer un concert prévu quelques jours plus tard au Palais des Congrès. Dans la nuit du 25 au 26 octobre, il rencontre dans un club parisien Laura P., une jeune femme de 20 ans venue à Paris dans l’espoir d’y trouver du travail. Les deux ne se connaissent pas. Selon les éléments exposés ultérieurement devant la cour d’assises, ils sympathisent dans le club et poursuivent la soirée avec des amis. Ils se rendent d’abord dans une chambre de l’InterContinental, avant de rejoindre l’hôtel Marriott des Champs-Élysées où réside le chanteur. C’est dans cette chambre d’hôtel que les versions des deux protagonistes divergent radicalement.
Deux récits, une même nuit
Laura P. affirme que la situation a dégénéré après des échanges qu’elle décrit initialement comme un flirt. Elle soutient avoir refusé les avances sexuelles du chanteur, puis avoir été agressée physiquement et sexuellement. Elle raconte notamment avoir tenté de se réfugier dans la salle de bains avant de parvenir à quitter la chambre et d’alerter le personnel de l’hôtel. La police intervient rapidement. Laura P. est entendue et fait l’objet d’un examen médical. Sa plainte déclenche l’ouverture d’une procédure pénale contre le chanteur, placé en garde à vue.
Saad Lamjarred, lui, conteste les faits qui lui sont reprochés. Il reconnaît l’existence d’une relation avec la jeune femme mais nie avoir imposé une relation sexuelle. Lors de son premier procès, il maintient cette version et proclame son innocence. C’est cette opposition entre deux récits qui va structurer toute la procédure : ce qui s’est réellement passé dans cette chambre du Marriott devient le cœur d’un débat judiciaire qui ne sera pas tranché en quelques mois, mais au terme de plusieurs années d’instruction et de procès.
Affaire médiatique
L’affaire prend immédiatement une dimension particulière en raison de la notoriété de l’accusé. Saad Lamjarred n’est pas un artiste confidentiel : ses chansons connaissent un immense succès au Maroc et dans le monde arabe. Son arrestation et sa mise en cause provoquent donc une onde de choc considérable auprès de son public.
La plaignante, de son côté, expliquera plus tard avoir subi une forte exposition médiatique ainsi que des menaces et des attaques sur les réseaux sociaux après que son identité a été rendue publique. Au procès de 2023, elle dira ne pas avoir souhaité que l’affaire devienne un procès public.
Dès lors, l’affaire judiciaire devient aussi une affaire médiatique : chaque étape de la procédure est commentée, tandis que les réseaux sociaux se transforment en caisse de résonance pour les soutiens du chanteur comme pour ceux qui se rangent du côté de la plaignante.
La procédure parisienne ne reste pas le seul dossier judiciaire concernant Saad Lamjarred. Les débats de son premier procès font apparaître une autre affaire ancienne aux États-Unis, remontant à 2010, ainsi qu’une plainte pour viol déposée au Maroc en 2015, qui donnera lieu à un non-lieu. Le chanteur sera également mis en cause dans une autre affaire en France, pour des faits remontant à 2018 près de Saint-Tropez. Ces différents dossiers ont contribué à alourdir le climat médiatique autour du chanteur. Mais ils doivent être distingués les uns des autres : une accusation, une procédure classée ou un non-lieu ne produisent pas les mêmes effets juridiques qu’une condamnation devenue définitive.
Le premier procès
Après plusieurs années d’instruction, Saad Lamjarred comparaît en février 2023 devant la cour d’assises de Paris pour des faits de viol aggravé et de violences concernant la nuit d’octobre 2016. Durant le procès, la cour entend les deux versions, les témoignages et les éléments de l’enquête. Laura P. revient longuement sur cette nuit et maintient son récit. Lamjarred continue, lui, de nier le viol.
À l’issue du procès, il est reconnu coupable et condamné à six ans de réclusion criminelle. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Le dossier connaît un nouveau chapitre avec le procès en appel à Créteil, finalement organisé en septembre 2026 après un report destiné à permettre des investigations supplémentaires. Les débats se tiennent à huis clos à la demande de la partie civile. Le 26 septembre 2026, la cour d’assises du Val-de-Marne reconnaît à nouveau Saad Lamjarred coupable de viol aggravé et le condamne à dix ans de réclusion criminelle, une peine plus lourde que celle prononcée en première instance. Le parquet général avait requis huit ans. La défense annonce immédiatement son intention de former un pourvoi en cassation. La chute de l’idole ne se mesure pas seulement en années de prison. Elle se mesure aussi aux larmes et à la souffrance d’une famille. Derrière le verdict, il y a un fils qui voit sa vie basculer, une mère et un père, eux-mêmes artistes, confrontés à une douleur que ni la scène, ni la célébrité, ni les projecteurs ne peuvent anesthésier. Ceux qui l’ont accompagné dans son ascension doivent désormais affronter avec lui la vertigineuse descente. Pour ses parents, la lumière qui entourait leur fils s’est brutalement éteinte, laissant place à la douleur , à l’attente et à une épreuve insupportable pour n’importe quellle famille.
Une affaire dans l’affaire
À cette histoire judiciaire déjà longue s’est ajouté, en 2026, un dossier distinct concernant des accusations de tentative d’extorsion liées à la procédure de 2016. Plusieurs personnes ont été poursuivies, avec au cœur du dossier une somme de trois millions d’euros qui aurait été réclamée à l’entourage du chanteur en échange du retrait de la plainte ou de l’absence de la plaignante au procès. Laura P. a été relaxée dans cette procédure, tandis que plusieurs autres prévenus font sa mère ont été condamnés. Cet épisode ajoute une nouvelle couche à une affaire déjà extraordinairement complexe.
Dix ans de feuilleton judiciaire
Dix ans après la nuit du Marriott, l’affaire Lamjarred demeure donc un dossier judiciaire hors norme par sa durée, sa médiatisation et la notoriété de la personne poursuivie. Mais derrière le feuilleton médiatique, il reste une affaire criminelle dont le point de départ est une nuit au cours de laquelle deux personnes ont livré des récits radicalement différents.
La justice française a, à deux reprises, retenu la culpabilité du chanteur dans cette affaire, avec une peine portée de six à dix ans en appel. Saad Lamjarred continue toutefois de contester la décision et entend exercer les voies de recours qui lui sont ouvertes.








