Gasoil : La hausse sans frein…

Le plein tourne au cauchemar…

Les automobilistes ont droit à une nouvelle douche froide à la pompe. Depuis le lundi 17 août, le prix du gasoil a de nouveau pris l’ascenseur, avec une hausse d’environ 65 centimes par litre, pendant que l’essence, dans un étonnant numéro d’équilibriste, reculait de… 30 centimes. Résultat : le litre de gasoil s’affiche désormais entre 14,50 et 15 dirhams selon les stations. À ce rythme, faire le plein commence à ressembler moins à un acte banal qu’à une opération de financement à haut risque.

Pour les ménages, les transporteurs, les agriculteurs, les artisans et les professionnels qui dépendent quotidiennement de leurs véhicules, la facture est loin de s’arrêter au prix affiché sur le totem de la station-service. Carburant plus cher signifie mécaniquement transport plus cher, logistique plus coûteuse et, à terme, pression supplémentaire sur les prix des marchandises et des services. Le gasoil ne brûle pas seulement dans les moteurs : il consume à chaque une bonne partie du pouvoir d’achat déjà au plus mal…

Cette nouvelle flambée intervient alors que les marchés internationaux de l’énergie connaissent eux-mêmes de fortes turbulences. Selon El Houcine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz et président du Front national pour la sauvegarde de la Samir, le prix du gasoil sur le marché international serait passé d’environ 7,5 à 9,4 dirhams entre la première et la seconde moitié de juillet 2026, soit une progression supérieure à 25 %.

Une hausse qui mérite d’être regardée de près : durant la même période, le prix du baril de pétrole n’aurait progressé que de moins de 10 %. Autrement dit, le consommateur marocain voit la facture du gasoil grimper nettement plus vite que le baril lui-même. Il y a évidemment des mécanismes de raffinage, de transport, de change, de stockage et de fiscalité qui entrent dans la composition du prix final. Mais pour le citoyen qui paie à la pompe, cette mécanique reste aussi limpide qu’un contrat d’assurances écrit en petits caractères : les prix montent très vite, l’explication, elle, n’arrive jamais. 

Le contexte international n’est certes pas étranger à cette situation. La guerre russo-ukrainienne se poursuit, tandis que les tensions entre les États-Unis, Israël, l’Iran et plusieurs pays du Golfe continuent de faire peser une lourde prime de risque sur les marchés énergétiques. Les perturbations affectant certains axes maritimes stratégiques et les dommages causés à des infrastructures énergétiques alimentent les inquiétudes sur l’approvisionnement et les coûts de transport.

Mais le véritable problème, au Maroc, dépasse la seule conjoncture internationale. Depuis la libéralisation des prix des carburants sous le gouvernement islamiste, chaque secousse du marché mondial finit par être ressentie directement par le consommateur. Lorsque le pétrole monte, la pompe suit. Lorsqu’il baisse, la baisse n’est guère ressentie avec la même célérité ni avec la même ampleur. Le citoyen finit ainsi par avoir l’impression que la pompe possède une règle d’or : à la hausse, elle a le pied lourd ; à la baisse, elle semble avoir le pied sur le frein.

La question devient alors éminemment politique et économique : jusqu’où peut-on laisser la volatilité internationale se transmettre intégralement à une économie où le transport irrigue pratiquement tous les secteurs ? Et surtout, comment protéger le pouvoir d’achat sans réinstaller artificiellement un système de subvention coûteux et opaque ?

Le Maroc a fait le choix de sortir de la logique des subventions généralisées. Il doit désormais assumer jusqu’au bout cette réforme en renforçant la transparence de la formation des prix, en surveillant réellement les marges tout au long de la chaîne et en accélérant les alternatives au pétrole. Car dépendre massivement d’un carburant importé, c’est accepter que les tensions géopolitiques à des milliers de kilomètres puissent décider, en partie, du prix du panier de la ménagère à Casablanca, du trajet du taxi à Rabat ou du coût du transport d’une marchandise à Oujda ou Tata.

À 14,50 ou 15 dirhams le litre, le gasoil n’est plus seulement une question de mobilité. Il devient un thermomètre du pouvoir d’achat et, accessoirement, un excellent révélateur des limites d’un modèle énergétique encore fortement dépendant des hydrocarbures.

À la pompe, le Marocain ne regarde pas que le prix affiché. Il regarde aussi son portefeuille. Et, visiblement, les deux ne sont plus vraiment sur la même longueur d’onde.

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