Santé publique : Le nouvel hôpital de Tétouan déjà dans le coma ! 

Parmi les critiques les plus sévères figure le transfert d’une partie des équipements de l’ancien hôpital Sania R’mel vers les nouvelles infrastructures.

À peine inauguré, le nouvel hôpital des spécialités de Tétouan traverse déjà une zone de fortes turbulences. Présenté comme l’un des projets phares destinés à renforcer l’offre de soins dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, cet établissement flambant neuf se retrouve aujourd’hui au cœur d’une crise qui dépasse le simple cadre syndical. Contestation du personnel, dysfonctionnements techniques, manque de ressources humaines, équipements défaillants et tensions administratives composent désormais le quotidien d’un hôpital qui devait symboliser le renouveau du système de santé marocain. La gravité de la situation est illustrée par un fait rarissime : le directeur régional de la Santé aurait demandé à être déchargé de ses fonctions, signe d’un profond malaise au sein de la gouvernance sanitaire régionale. Une évolution qui traduit l’impasse dans laquelle semble s’être installée la gestion de cet établissement quelques jours seulement après son ouverture officielle.

Une inauguration jugée précipitée

À l’origine de cette crise figure une dénonciation du Syndicat national de la santé publique (FDT), qui accuse le ministère de la Santé d’avoir privilégié le calendrier de l’inauguration au détriment de l’état réel de préparation de l’hôpital. Selon les représentants des professionnels de santé, plusieurs alertes avaient été adressées aux autorités avant l’ouverture. Elles faisaient état de nombreuses insuffisances techniques, logistiques et organisationnelles qui auraient nécessité un report de la mise en service afin de garantir des conditions de fonctionnement conformes aux exigences d’un hôpital de référence. Pour les syndicats, l’établissement aurait ouvert ses portes avant d’être véritablement prêt à accueillir les patients.

Des équipements neufs… mais aussi du matériel recyclé

Parmi les critiques les plus sévères figure le transfert d’une partie des équipements de l’ancien hôpital Sania R’mel vers les nouvelles infrastructures. Les professionnels dénoncent l’installation de matériels anciens, parfois usés ou obsolètes, dans un établissement pourtant présenté comme un hôpital de dernière génération. Cette situation nourrit un profond sentiment d’incompréhension parmi les équipes médicales, qui estiment qu’un investissement aussi important aurait dû s’accompagner d’un renouvellement complet du plateau technique.

Au-delà des équipements, c’est surtout la question des ressources humaines qui cristallise les tensions. Conçu pour accueillir un nombre important de patients et doté de nombreuses spécialités médicales, le nouvel hôpital fonctionne aujourd’hui avec des effectifs jugés largement insuffisants. Médecins, infirmiers, techniciens et personnels administratifs peinent à couvrir les besoins d’une structure de cette envergure. Cette pénurie entraîne une surcharge de travail, augmente les risques d’épuisement professionnel et fait craindre une dégradation de la qualité des soins dispensés aux patients.

Pour les syndicats, ouvrir un hôpital sans renforcer parallèlement les effectifs revient à inaugurer un bâtiment sans lui donner les moyens d’assurer pleinement sa mission. Face à l’ampleur des signalements, une commission centrale relevant de la Direction des équipements et de la maintenance du ministère de la Santé s’est rendue sur place afin d’évaluer la situation. Les inspections ont mis en évidence plusieurs dysfonctionnements techniques affectant des équipements pourtant essentiels au fonctionnement quotidien de l’établissement. Des pannes répétées auraient notamment été relevées au niveau des ascenseurs destinés au transport des patients, du système de climatisation, du réseau pneumatique assurant l’acheminement des prélèvements biologiques ainsi que de plusieurs équipements d’imagerie médicale, dont l’appareil d’IRM. Autant d’anomalies qui interrogent sur la qualité de la réception technique de cet hôpital avant son ouverture. Malgré les réunions organisées avec les responsables locaux et les représentants syndicaux, le climat reste particulièrement tendu. Les organisations professionnelles estiment que les différentes rencontres n’ont débouché sur aucune décision concrète concernant les recrutements, le remplacement des équipements défaillants ou l’amélioration des conditions de travail. Elles maintiennent donc leur mouvement de protestation et réclament un engagement clair du ministère. Au-delà du cas de Tétouan, cette crise intervient à un moment crucial pour le chantier national de réforme du système de santé.

Le Royaume investit depuis plusieurs années des milliards de dirhams dans la modernisation des infrastructures hospitalières et la généralisation de la protection sociale. Mais cette affaire rappelle qu’un hôpital ne se résume pas à un bâtiment moderne. Son efficacité repose tout autant sur la disponibilité des ressources humaines, la fiabilité des équipements, une gouvernance performante et une préparation minutieuse de sa mise en service. On est l’on du compte.

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