Rémanence : Hasnae El Ouarga fait parler la mémoire silencieuse de la pierre

L’artiste dans son atelier.

À mi-chemin entre l’art, la géologie et la métaphysique, l’artiste marocaine Hasnae El Ouarga investit l’Espace d’art Artorium à Casablanca avec Rémanence, une exposition qui invite le visiteur à explorer les traces invisibles que le temps imprime dans la matière. Présentée du 15 juin au 31 juillet 2026, cette nouvelle proposition artistique s’inscrit dans la continuité d’une recherche exigeante où mémoire, nature et spiritualité dialoguent dans une même respiration. Dès les premiers regards, les œuvres déconcertent autant qu’elles fascinent. Rien n’y est véritablement figuratif, mais tout semble étrangement familier. Les formes évoquent des paysages cosmiques, des reliefs minéraux ou des cartographies imaginaires. Le spectateur éprouve la sensation troublante de reconnaître une image jamais vue, comme si l’œuvre réveillait une mémoire enfouie. Le titre de l’exposition renvoie à la notion de « rémanence », cette persistance d’une image ou d’une sensation après la disparition de sa cause. Une définition qui dépasse ici le champ scientifique pour devenir une véritable expérience sensible. Les œuvres de Hasnae El Ouarga interrogent ce qui demeure lorsque le temps a effacé les formes, lorsque seules subsistent les empreintes silencieuses de la matière. Depuis cinq ans, la résidence Jardin Rouge de la Fondation Montresso constitue le laboratoire de cette recherche artistique. L’artiste y observe les pierres, leurs textures, leurs fractures et leurs strates, non comme de simples objets géologiques, mais comme les archives d’un temps immémorial.

Là où le scientifique cherche à expliquer, elle préfère ressentir. Là où l’analyse dissèque, son regard révèle la poésie cachée du minéral. Cette approche s’inscrit dans un parcours singulier. Diplômée de l’École Supérieure des Arts Visuels de Marrakech, Hasnae El Ouarga développe depuis plusieurs années une réflexion sur les images mentales et la mémoire. En déconstruisant la photographie, puis en explorant le cyanotype, elle a progressivement élaboré un langage plastique où les fissures, les craquelures et les accidents de la matière deviennent des éléments essentiels de la création. La pierre s’impose désormais comme le vecteur d’une mémoire inaccessible, témoin silencieux d’histoires oubliées. Cette écriture plastique a rapidement trouvé un écho sur la scène internationale. Les œuvres de l’artiste ont été présentées notamment à Art Paris, à la Hannah Traore Gallery aux États-Unis et à la foire 1-54 de Londres. Elles figurent aujourd’hui dans plusieurs collections prestigieuses, parmi lesquelles celles de Rockefeller, Dior, de la Société Générale, de la Fondation Montresso et du Musée National de la Photographie du Maroc. Avec Rémanence, Hasnae El Ouarga confirme la maturité d’une démarche artistique où la contemplation prend le pas sur la démonstration. Dans une époque saturée d’images instantanées, elle ralentit le regard et rappelle que la matière possède sa propre mémoire, que les pierres conservent peut-être les récits que les hommes ont oubliés, et que l’art demeure l’un des rares langages capables de rendre visible l’invisible. Plus qu’une exposition, Rémanence est une invitation à écouter le silence des pierres et à redécouvrir le temps comme une matière vivante.

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