Agriculture nationale : La COMADER plaide pour une lecture objective des réalités du terrain 

Les agriculteurs marocains face à des défis sans précédent.

Réunis en Assemblée Générale Ordinaire sous la direction du très dynamique Rachid Benali, les  membres de la Confédération Marocaine de l’Agriculture et du Développement Rural (COMADER) ont tenu à braquer les projecteurs sur les profondes mutations que traverse aujourd’hui le secteur agricole et rappeler les réalités quotidiennes auxquelles sont confrontés les agriculteurs marocains. « L’agriculture ne se résume pas aux prix affichés sur les étals. Elle commence dans les champs, où chaque récolte est désormais le fruit d’un pari permanent contre les aléas climatiques, économiques et sociaux. »

Depuis plusieurs années, l’agriculture marocaine évolue dans un environnement particulièrement contraignant. La succession de campagnes marquées par la sécheresse, la raréfaction des ressources hydriques, l’augmentation continue des coûts de production, les difficultés de recrutement de la main-d’œuvre agricole ainsi que les profondes transformations du monde rural exercent une pression sans précédent sur les exploitations.

Dans ce contexte, les agriculteurs marocains — majoritairement des petites et moyennes exploitations, en zones bour comme en périmètres irrigués — doivent simultanément faire face à de multiples défis structurels :

* un déficit croissant des ressources en eau et une forte incertitude sur les disponibilités futures pour l’irrigation ;

* une flambée durable des prix des intrants agricoles (engrais, semences, produits phytosanitaires, énergie, aliments du bétail, matériel agricole) ;

* une pénurie de main-d’œuvre accompagnée d’une hausse significative de son coût, particulièrement durant les périodes de récolte ;

* l’augmentation continue des charges de production, de conditionnement, de transport et de commercialisation ;

* des difficultés persistantes d’accès aux marchés, aggravées par la multiplication des intermédiaires entre le producteur et le consommateur ;

* des contraintes fiscales, notamment en matière de récupération de la TVA ;

* les effets de certaines importations sur l’équilibre économique de plusieurs filières nationales.

Le prix payé par le consommateur n’est pas le revenu de l’agriculteur

La COMADER tient à rappeler une réalité souvent méconnue : le prix acquitté par le consommateur final ne correspond pas au revenu perçu par l’agriculteur.

« Entre le champ et l’assiette, la valeur ajoutée est partagée entre de nombreux intervenants. L’agriculteur assume l’essentiel du risque, sans être toujours celui qui bénéficie de la meilleure rémunération. »

Dans plusieurs filières, les prix à la production ne permettent plus de couvrir l’ensemble des coûts supportés par les exploitations, dont les charges ont fortement progressé ces dernières années. Cette évolution rend indispensable une actualisation régulière des référentiels de coûts de production afin d’adapter les mécanismes d’accompagnement aux réalités économiques du secteur.

La situation de la filière céréalière illustre parfaitement cette problématique. Malgré une campagne 2025-2026 plus favorable en termes de production, les conditions de commercialisation demeurent insuffisamment rémunératrices, compromettant la rentabilité des exploitations et leur capacité à investir durablement.

Une agriculture qui continue d’assurer la sécurité alimentaire du pays

Malgré ces difficultés, les agriculteurs marocains poursuivent leur mission avec un sens élevé des responsabilités. « Depuis six campagnes successives marquées par la sécheresse, les agriculteurs continuent de produire, d’investir et d’approvisionner le marché national. Leur résilience constitue aujourd’hui l’un des principaux remparts de notre sécurité alimentaire. »

La COMADER salue ainsi l’engagement quotidien des femmes et des hommes du monde rural qui, malgré un contexte particulièrement difficile, continuent de préserver l’emploi agricole, de moderniser leurs exploitations et d’améliorer l’efficience de l’utilisation de l’eau.

Les aides publiques : un investissement, pas une subvention au revenu

La Confédération rappelle également que les dispositifs publics destinés au secteur agricole sont avant tout des mécanismes d’incitation à l’investissement.

Ils permettent de financer la modernisation des exploitations, l’irrigation économe, la mécanisation ou encore l’amélioration des performances techniques. Ils ne constituent pas des aides directes au revenu des agriculteurs.

« Investir dans l’agriculture, ce n’est pas soutenir un agriculteur ; c’est renforcer la capacité du pays à produire durablement son alimentation. »

Par ailleurs, comparé aux principaux pays concurrents, le niveau de soutien public accordé à l’agriculture marocaine demeure relativement limité au regard des défis auxquels le secteur est confronté.

Mieux identifier les véritables professionnels du secteur

La COMADER attire également l’attention sur la nécessité de distinguer les véritables professionnels de l’agriculture des intervenants occasionnels ou spéculatifs dont certaines pratiques peuvent nuire à la crédibilité des filières agricoles nationales.

À cet égard, la mise en place d’une carte professionnelle de l’agriculteur et de l’éleveur apparaît comme une réforme structurante. Elle permettrait une meilleure identification des acteurs, un ciblage plus efficace des politiques publiques et une plus grande transparence dans l’accompagnement du secteur.

Consolider le rôle stratégique des interprofessions

La Confédération rappelle enfin le rôle déterminant des interprofessions agricoles dans la gouvernance des différentes filières.

En favorisant le dialogue entre producteurs, transformateurs et distributeurs, elles contribuent à renforcer la compétitivité, la durabilité et l’organisation des chaînes de valeur.

À ce titre, la COMADER estime que les interprofessions doivent être pleinement associées aux décisions relatives aux importations et aux exportations afin de préserver un équilibre durable entre la production nationale, les besoins du marché, la compétitivité des filières et les impératifs de souveraineté alimentaire.

Dépasser les polémiques pour construire l’avenir

La COMADER exprime enfin sa préoccupation face à certaines analyses simplificatrices qui réduisent parfois les enjeux agricoles à des débats conjoncturels ou à des polémiques politiques.

« L’agriculture ne peut être jugée à l’aune d’une saison ou d’un prix de marché. Elle se construit sur le temps long, au rythme des investissements, du climat et du travail des femmes et des hommes qui nourrissent le pays. »

La Confédération appelle ainsi l’ensemble des acteurs publics et privés à renforcer le dialogue, à soutenir les réformes nécessaires et à accompagner les agriculteurs dans les transitions économiques, climatiques et technologiques qui s’imposent.

« L’agriculture marocaine n’est pas seulement un secteur économique. Elle est un pilier de la souveraineté alimentaire, un moteur de l’emploi rural, un facteur de stabilité sociale et un levier majeur du développement territorial. Préserver sa compétitivité et sa résilience est un impératif stratégique pour l’avenir du Royaume. », conclut la Comader.

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