Le RNI pensait jeter l’ancre à Agadir. Il a surtout déclenché une forte houle. La désignation de la secrétaire d’Etat à la Pêche Zakia Driouch a déclenché les critiques contre ce parachutage, nourrissant les soupçons d’une stratégie visant à transformer le réseau de la pêche local en matelas électoral…
JAMIL MANAR
À chaque échéance électorale, les dirigeants du RNI promettent de promouvoir les compétences locales dont ils font l’éloge et de faire confiance aux militants enracinés dans leurs territoires. Mais au moment venu, la réalité reprend ses droits, rappelant aux naïfs qu’en politique, la géographie est souvent une notion étonnamment élastique.
Dernier épisode en date : la désignation de Zakia Driouch, actuelle secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, pour conduire la liste régionale du parti dans le Souss-Massa. Pour rendre cette candidature possible, l’intéressée a transféré son inscription sur les listes électorales à Agadir. Une formalité administrative parfaitement prévue par la loi, mais qui ne suffit pas à dissiper le malaise.
Au sein des militantes du RNI dans la région, la pilule passe difficilement. En privé, beaucoup dénoncent un nouveau « parachutage » décidé depuis Rabat plutôt qu’une promotion des compétences locales. Elles s’interrogent : à quoi bon passer des années à construire un réseau, à défendre les couleurs du parti sur le terrain et à patienter dans l’espoir d’une investiture, si les postes les plus convoités reviennent finalement à des personnalités venues d’ailleurs?
Le signal envoyé est pour le moins troublant . D’un côté, le RNI ne cesse de vanter la régionalisation, l’ancrage territorial et la démocratie interne. De l’autre, il donne le sentiment que les candidatures stratégiques continuent de se décider dans les états-majors nationaux, bien loin des réalités locales.
Le soutien affiché d’Aziz Akhannouch à sa protégée ne laisse d’ailleurs guère place au doute. La secrétaire d’État multiplie déjà les déplacements à Agadir, les inaugurations, les rencontres partisanes et les universités d’été, comme si la campagne était déjà lancée avant même l’ouverture officielle de la compétition électorale. Une présence qui ressemble davantage à une opération d’installation politique qu’à une simple activité gouvernementale.
À cette polémique s’est ajoutée, ces derniers jours, une autre controverse relayée sur les réseaux sociaux. Plusieurs internautes et acteurs du secteur de la pêche ont accusé la secrétaire d’État d’avoir recommandé à des armateurs de la pêche hauturière et côtière de faire rentrer leurs marins dès la fin du mois d’août, alors que la période légale de pêche s’étend habituellement de début juillet jusqu’à la fin septembre. Selon ces publications, une telle mesure aurait eu pour objectif de permettre aux équipages d’être disponibles durant la période préélectorale pour un scrutin prévu le 23 septembre.
À ce stade, ces allégations, largement commentées en ligne, n’ont pas été étayées publiquement par des éléments permettant de les confirmer, et aucune réponse officielle n’a été apportée par l’intéressée.
Pour les femmes du RNI dans le Souss, la frustration n’en est pas moins réelle. Beaucoup estiment avoir été reléguées au second plan alors qu’Agadir regorge de profils féminins compétents, expérimentés et profondément enracinés dans le territoire. Une fois encore, regrettent-elles, le mérite local semble s’effacer devant les petits calculs politiques…
En coulisses, beaucoup voient dans cette investiture un calcul politique assumé. Le RNI miserait moins sur un enracinement local que sur le poids institutionnel de sa secrétaire d’État et sur les réseaux qu’elle a tissés au sein du secteur de la pêche. Autrement dit, transformer un portefeuille ministériel en matelas électoral, avec l’espoir que les armateurs, particulièrement influents dans le Souss, renvoient l’ascenseur au moment du scrutin.
Cette affaire soulève finalement une question de fond : le RNI croit-il réellement à la régionalisation politique qu’il défend dans ses discours ? Ou considère-t-il que certaines circonscriptions sont devenues des terres d’atterrissage destinées aux personnalités que la direction nationale souhaite promouvoir ?
À Agadir, nombreux sont ceux qui observent cette candidature avec scepticisme. Car si un transfert de domicile électoral peut s’effectuer en quelques minutes, gagner la confiance d’une ville, comprendre ses réalités, partager son histoire et convaincre des militants parfois désabusés demande généralement beaucoup plus qu’un simple changement d’adresse.








