Le chaos qui a accompagné la passation des marchés de collecte des déchets entre Averda et les nouveaux délégataires à Casablanca ne se résume pas aux défaillances de l’opérateur sortant. Si l’état de délabrement avancé des camions et engins récupérés par Arma et SOS NDD met clairement en cause le manque d’entretien reproché à Averda, cette crise soulève également des interrogations sur le rôle de la SDL Casa Baïa, chargée du pilotage de ces contrats stratégiques.
Face à une situation devenue intenable dans plusieurs arrondissements, le wali de la région Casablanca-Settat Mohamed Mhidia a exprimé sa vive colère lors d’une réunion de crise tenue vendredi. Selon plusieurs sources, il a vivement recadré les différents intervenants, estimant qu’il était inconcevable que la capitale économique se retrouve envahie par les déchets en raison d’une transition aussi mal préparée. Il a exigé un retour immédiat à un niveau de service normal et sommé les nouveaux délégataires de mobiliser tous les moyens nécessaires, y compris en recourant à la location d’engins, afin de mettre fin à cette situation.
Mais au-delà de cette réaction d’urgence, une question est posée par les observateurs locaux : comment une telle situation a-t-elle pu se produire ? Si le cahier des charges imposait des obligations de maintenance à l’ancien délégataire, leur respect a-t-il été contrôlé de manière suffisamment rigoureuse tout au long du contrat ? Des inspections régulières ont-elles été menées ? Les pénalités prévues ont-elles été effectivement appliquées en cas de manquement ?
L’autre interrogation porte sur le « blindage » du cahier des charges nouveau et ancien. Celui-ci prévoyait-il des garanties suffisamment solides pour assurer la restitution d’un parc matériel en bon état à l’issue du contrat ? Ou existe-t-il une faille qui a permis à l’ancien délégataire de restituer des équipements largement dégradés, compliquant considérablement la prise de relais par les nouveaux opérateurs ?
À cette équation s’ajoute un paramètre de poids : la gestion de la collecte des déchets et du nettoiement à Casablanca représente un marché de plus d’un milliard de dirhams par an. Un tel volume financier impose un niveau d’exigence élevé en matière de contrôle, de transparence et de reddition des comptes. Car lorsque les montants en jeu sont aussi considérables, le moindre relâchement dans le suivi de l’exécution des contrats nourrit inévitablement les interrogations sur l’efficacité des mécanismes de surveillance et sur la capacité des autorités délégantes à faire respecter, sans concession, les obligations prévues par le cahier des charges.
Cette crise qui dégage de mauvais relents a également pris une dimension sociale, obligeant les autorités à intervenir pour garantir la reprise des salariés d’Averda par les nouveaux délégataires avec maintien de leurs acquis et pour débloquer le paiement des salaires du mois de juin. Si la situation semble progressivement revenir à la normale, cet épisode met en évidence les limites du dispositif de suivi des contrats de gestion déléguée. Au-delà des responsabilités d’Averda, c’est toute la chaîne de contrôle qui est désormais interrogée. Le coup de gueule du wali apparaît ainsi comme un rappel à l’ordre adressé non seulement aux opérateurs, mais aussi à tous les acteurs chargés d’anticiper, de contrôler et de sécuriser l’exécution de marchés publics aussi sensibles pour le quotidien des Casablancais.








