Ahmed Zoubaïr
Lors d’une réunion récente avec les parlementaires de son parti, Nizar Baraka a livré un exercice d’équilibrisme politique digne des plus grands numéros de cirque : tirer à boulets rouges sur… son propre gouvernement, tout en appelant, la main sur le cœur, à préserver l’unité de la majorité. Une critique maison, en somme, garantie 100 % interne.
Le leader de l’Istiqlal n’y est pas allé de main morte : échecs en matière d’emploi, lutte contre la corruption en mode veille prolongée, régulation des prix aux abonnés absents… et une vie chère qui grimpe plus vite qu’un ascenseur sans bouton d’arrêt. Un tableau sombre, presque apocalyptique, à ceci près qu’il est dressé par l’un de ceux censés tenir le pinceau. Dans un rare moment de lucidité politique, le ministre de l’eau a même reconnu que le pouvoir d’achat, surtout celui de la classe moyenne, s’effrite à vue d’œil, malgré quelques pansements budgétaires présentés comme des remèdes miracles. Résultat : des engagements qui sonnent désormais comme des promesses en solde, et des performances gouvernementales jugées… insuffisantes.
Derrière le requisitoire plus ou moins poli de Nizar Baraka se dresse évidemment l’horizon de septembre avec ses élections législatives et, surtout, ses promesses de recomposition. Dans ce théâtre politique, chacun répète déjà son rôle, et certains dont il fait partie soignent déjà leur costume de futur chef de gouvernement.
Face à lui, Aziz Akhannouch encaisse les coups… souvent venus de son propre camp. Son parti, le RNI dont il a pris soin de laisser tomber la chefferie devenue comme un fardeau voit sa cote s’effriter au rythme de la flambée des prix et des attentes déçues. Un contexte idéal pour ceux qui rêvent de monter sur scène en sauveurs après avoir discrètement participé à l’acte précédent.
Le grand classique est là : le ministre de l’Eau… qui maîtrise à la perfection l’art de ne pas se mouiller.Nizar Baraka navigue ainsi entre deux rives : assez critique pour faire oublier qu’il fait partie de l’équipage , mais suffisamment solidaire pour ne jamais tomber à l’eau! Un numéro d’hydraulique politique très idtiqlalien où l’on canalise les reproches, on laisse s’évaporer les responsabilités… et on espère que le citoyen-électeur oubliera d’où vient la fuite.
À ce jeu , ce n’est plus un parti , c’est une station d’épuration politicienne : on filtre, on recycle, et on rejette le tout en version “opposition responsable” ou “ soutien critique”. Avec l’espoir de traverser la tempête sans éclaboussures , du moins jusqu’aux prochaines échéances. Au final, dans cette affaire, tout coule de source : beaucoup de vagues en surface… mais au fond, peu importe : eau trouble ou marécage, tant que ça permet de barboter sans jamais risquer de noyade politique…








