OFPPT : Rubans, mascarade et lames affûtées

Loubna Tricha, El Miloudi Moukharik et… les ciseaux!

 Ahmed Zoubaïr 

L’inauguration le vendredi 30 février  de la Cité des métiers et des compétences (CMC) de la région Marrakech-Safi aura offert un spectacle inattendu : entre embrassades pour la photo, sourires de circonstance et ciseaux mal dissimulés, la scène tenait moins du cérémonial soigneusement organisé que d’un vaudeville administratif mal chorégraphié.

La photo a fait le tour des réseaux, suscitant dérision et incompréhension. On y voit Loubna Tricha, la directrice générale de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) enlacer avec une certaine nonchalance El Miloudi Moukharik, patron de l’Union Marocaine du Travail (OFPPT).
Sourires de circonstance, accolade un brin hésitante : on se surprend à chercher le générique d’une comédie sentimentale. Or, le scénario fleure davantage la mise en scène institutionnelle que la bluette du début de printemps.

Car un détail, croustillant ou inquiétant selon l’humeur, échappe difficilement à l’œil attentif : les ciseaux destinés à trancher le ruban inaugural reposent dans la main de Madame la directrice générale, discrètement dissimulés derrière le dos du responsable syndical. De quoi réveiller l’imagination des esprits taquins. Certains y ont vu une scène hitchcockienne improvisée : l’accessoire protocolaire flirtant avec le symbole plus tranchant qu’il n’y paraît. « Elle ne va quand même pas… », plaisantent-ils.

Au-delà du caractère caricatural  du cliché, l’image nourrit surtout une lecture plus politique : celle d’une connivence affichée avec un syndicat censé défendre les cadres et agents de l’office malmenés  par Loubna Tricha. Dans les couloirs du siège de l’établissement et nombre d’antennes régionales, beaucoup dénoncent un management expéditif, fait de mutations punitives, de rétrogradations éclair et de conseils de discipline où la présomption d’innocence relève  moins d’une procédure organisée dans les règles de l’art que du simulacre d’équité et de transparence. Le véritable  bilan de l’OFPPT se trouve d’ailleurs non pas dans les rapports annuels mais dans les tribunaux administratifs de Casablanca et Rabat où s’accumulent les procès intentés par  de nombreux cadres contre les abus de pouvoir de la directrice générale.

Dans ce contexte, la fameuse étreinte prend des allures de symbole : le « flirt administratif » immortalisé par les objectifs pourrait être porteur d’un message subliminal : Tout va bien, circulez, il n’y a rien à contester.
Cette cérémonie inaugurale troublante a réservé une autre surprise et non des moindres : la présence du ministre de l’Inclusion économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences Younes Sekkouri. Beaucoup s’en sont étonnés, tant les relations entre le ministre et la cheftaine de l’OFPPT sont connues pour être orageuses, voire franchement exécrables. Les tensions avaient même débordé du cadre feutré de l’administration pour se transformer en conflit sur la place publique, la DG  ayant poussé la hardiesse  jusqu’à se révolter contre  la tutelle ministérielle dans une séquence pour le moins inédite qui en dit long sur la protection dont elle semble bénéficier…

C’est naturellement que l’apparition du ministre aux côtés de celle qui l’a défié publiquement a suscité des interrogations. Réconciliation sincère ? Armistice de façade ? Ou simple exercice de communication destiné à donner l’illusion d’une entente  retrouvée ? Les esprits sceptiques  penchent pour la troisième hypothèse…

Le paradoxe n’en est que plus frappant. Tandis que le trio posait, ciseaux en main et mines appliquées, nombre de cadres continuent de dénoncer sur les réseaux sociaux une ambiance interne délétère et des décisions jugées arbitraires. Ils espéraient un signal, un arbitrage, une médiation. Ils ont eu droit à une mascarade. Ce qui confirme  que leur sort ne déclenche ni indignation syndicale ni sursaut ministériel, mais juste une belle indifférence… d’office.

La présence du ministre de tutelle aura surtout illustré la modestie de ses leviers d’action face à un office à la dérive, le confinant aux honneurs du ruban et aux vertus décoratives du protocole. Sa venue aura surtout mis en évidence que M. Sekkouri dispose de davantage de ciseaux pour couper les rubans que d’outils pour redresser un établissement stratégique en pleine tourmente. Inaugurer les chrysanthèmes à défaut de pouvoir agir sur le réel…

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