Piratage de données à l’OFPPT : Quand le numérique fuit le désordre ambiant

Ahmed Zoubaïr

Une publication récente sur un forum spécialisé a fait l’effet d’une petite bombe dans le petit monde déjà bien secoué de l’OFPPT. On y annonçait, mine de rien, la mise en circulation d’une base de données attribuée à l’Office. Rien que ça. Un léger frisson a parcouru l’établissement – frisson qui, vu le contexte, aurait tout aussi bien pu être une crampe nerveuse causée par les derniers délires de la direction générale.

Car disons-le tout de go : cette affaire ne pouvait pas mieux tomber pour un office que les décisions arbitraires de sa directrice générale ont déjà transformé en champ de ruines managériales. Après les suspensions express, les mutations punitives à Errachidia et les convocations devant le conseil de discipline pour refus de livrer son téléphone personnel, il ne manquait plus qu’une bonne fuite de données pour parfaire le tableau. C’est désormais chose faite. Merci qui ? Merci le chaos.

La direction générale a confirmé l’existence d’un incident ayant touché une base d’environ 100.000 « prospects ». Un joli mot pour désigner des gens qui, sans le savoir, ont probablement envoyé leur CV vers un trou noir numérique. Pour le reste, on sert le grand classique maison: « Nous vérifions encore l’étendue exacte des dégâts. » Une formule rassurante… à condition de ne pas s’arrêter sur le mot « dégâts », qui n’a rien d’un terme technique rassurant. Selon Loubna Tricha, décidément très occupée ces derniers temps entre les narratifs maison et les enquêtes, les investigations se poursuivent. On cherche à savoir si d’autres catégories de données ont pris la poudre d’escampette : stagiaires, diplômés, ressources humaines… Bref, tout ce qui, de près ou de loin, possède une trace numérique. On explore même la possibilité que des informations un peu plus sensibles – diplômes, notes, salaires – aient voulu, elles aussi, prendre l’air. Après tout, vu l’ambiance à l’intérieur de l’Office, on les comprend presque.

Sur les forums, les rumeurs enflent. On parle désormais d’une base de plus de 400.000 enregistrements, avec un extrait d’environ 100.000 lignes déjà en circulation. Quant au reste, il serait « en vente libre », comme une brocante numérique où personne ne connaît vraiment le stock, ni le propriétaire. À ce rythme, bientôt, les données de l’OFPPT seront plus accessibles que les horaires d’ouverture des guichets.

L’Office, prudent comme un funambule ivre, rappelle qu’il continue de vérifier l’authenticité des données. Une démarche méthodique, certes, mais qui donne parfois l’impression que les fichiers, eux, ont déjà terminé leur audit et sont partis sans prévenir. Pendant que la direction vérifie, les données, elles, voyagent. C’est ce qu’on appelle un décalage de rythme.

Pourtant, sur le papier, tout semblait sous contrôle. Des alertes auraient été remontées concernant des vulnérabilités. Des échanges auraient eu lieu avec la CNDP Maroc. Et un ambitieux projet de sécurisation des données, incluant des solutions de type Data Loss Prevention, avait même été envisagé. Budget annoncé ? Plus de 300 millions de dirhams. Ambition affichée ? Verrouiller les systèmes. Résultat provisoire ? Les données ont pris les devants, sans prévenir personne. Comme certains cadres récemment mutés, finalement.

Le projet, encore en phase de déploiement progressif, pourrait désormais être « accéléré », selon les termes prudents de l’institution. En clair: on va courir après la sécurité… après que les chevaux se sont échappés. Une stratégie qui rappelle furieusement la gestion des ressources humaines : on réagit après la crise, jamais avant.

Reste une question que personne ne pose officiellement mais que tout le monde comprend implicitement : dans ce grand chantier numérique, ce sont les données qui ont été les plus rapides… et la communication de crise, la grande absente. Entre une directrice générale qui fonctionne à l’humeur du moment et des fichiers qui filent à l’anglaise, l’OFPPT semble avoir trouvé son nouveau rythme de croisière : l’improvisation permanente. Moralité : quand l’arbitraire prend le dessus, même les données finissent par prendre la fuite. Et franchement, qui pourrait leur en vouloir ?

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