Endettement : Le Maroc marche-t-il sur la dette ?

Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Economie et des Finances.

Si l’endettement ne sert pas la cause de l’éducation-formation et de la productivité, de la croissance et du décollage économique, s’il ne permet pas de sortir du surplace porteur fatalement de recul, la dette risque de devenir insoutenable et de se transformer en piège.

Récemment, le gouvernement Akhannouch n’a pas exclu récemment la possibilité de recourir à un emprunt international, ce qui va encore alourdir la dette extérieure du pays. Celle-ci n’a de cesse d’augmenter depuis 2010 -elle était alors de 27.29 milliards de dollars- pour  atteindre des niveaux considérables. Cette tendance haussière, qui alimente bien des inquiétudes, n’est pas près de s’arrêter. Elle devrait se poursuivre pour les années à venir  pour croître de quelque 26,8 milliards de dollars en 2028, sachant que son niveau à fin septembre 2022 s’élevait à 63,1 milliards de dollars pour un rapport dette/PIB de 71.60% contre 70%  actuellement, selon la ministre de l’Économie et des Finances Nadia Fettah Alaoui. Ce qui fait du Maroc le 5ème pays africain le plus endetté, selon un rapport de la Banque mondiale (BM) sur la dette extérieure. Faut-il se réjouir  de ce niveau d’endettement ou  s’en alarmer ? Certes, le Maroc est loin d’être dans la situation de certains États dont le ratio du service de la dette augmente de façon  si inquiétante  qu’il met en péril leur capacité à investir dans des infrastructures et des services utiles.  Le Maroc est un pays qui se construit, engagé sur des chantiers d’infrastructures colossaux notamment dans la perspective de la coupe d’Afrique 2025 et la Coupe du monde 2030. Les dépenses prévues pour cet événement sportif planétaire sont de l’ordre de 5 milliards de dollars.  Les besoins de financement du Maroc deviennent de ce fait  considérables et ne peuvent être satisfaits a priori  que par le recours à l’endettement, faute d’être un État pétrolier ou de réaliser un taux de croissance à deux chiffres. Ce dernier étant  encore principalement corrélé au secteur agricole dont les performances ont connu au cours de ces dernières années une baisse significative en raison du stress hydrique et de la rareté des précipitations. Cela dit, la dette peut être un excellent  levier  pour le décollage économique d’un pays  et impacter positivement son processus de création de valeur à condition aussi que la politique des grands travaux initiée par le gouvernement marocain soit accompagnée d’un investissement solide dans le capital humain. Or,  l’éducation, secteur vital s’il en est  sur lequel repose le progrès  d’une nation et détermine son avenir,  reste le talon d’Achille du Maroc qui a du mal à être un bon élève malgré les innombrables réformes de son système éducatif  mises en œuvre depuis les années 90. Un énième classement mondial réservé à l’éducation, celui du  forum mondial de l’éducation,  Bscholary.com,  paru début juin 2024, n’a pas été non plus  flatteur pour le  Maroc qui ne figure pas dans le top 10 des pays africains les mieux outillés en matière d’apprentissage.

Une main d’œuvre bien formée, techniquement au point stimule la productivité, autre point faible de l’économie nationale, et permet par conséquent de construire de faire émerger des  entreprises fortes et durables  qui créent des emplois décents. Là réside le pilier de toute stratégie de développement solide et pérenne dont la finalité est de garantir le bien-être de la population. Une population  dotée d’un pouvoir d’achat assez conséquent pour  lui permettre de vivre dans la dignité tout en stimulant la consommation intérieure. Dans ce domaine décisif, les gouvernants ont bien des efforts à consentir qu’ils seraient bien inspirés d’inscrire, efficience et vision d’ensemble obligent, au-delà du souci de l’amélioration du climat des affaires et du caractère attrayant du code des investissements. Encore faut-il faire en sorte que le Royaume, qui recèle d’opportunités formidables dans tous les secteurs compte tenu de ses multiples atouts, soit attractif pour ses propres compétences qui ont eu la chance de faire un bon parcours estudiantin. Agir juste pour sauvegarder les grands équilibres macro-économiques, bien gérer  le déficit, décompenser le gaz butane ou distribuer 500 DH par mois pour les démunis ne fait pas une politique très ambitieuse.  Quand bien même elles sont nécessaires, force est de constater que ces mesures  ne valent  au gouvernement que le satisfecit du FMI et de la Banque mondiale.

Agir juste pour sauvegarder les grands équilibres macro-économiques, bien gérer  le déficit, décompenser le gaz butane ou distribuer 500 DH par mois pour les démunis ne fait pas une politique très ambitieuse.

Tout comme il est impossible de construire un édifice solide sur du sable, il serait vain de croire que le développement d’un pays se mesure uniquement à l’aune de la qualité de ses infrastructures ou du classement FIFA de son équipe de football. Qu’il peut se forger en dehors d’un système éducatif performant et moderne, capable de réinventer pour être en phase avec les défis de l’époque. C’est pour cela qu’il faut des choix politiques clairs et audacieux  en faveur de l’éducation-formation. L’avenir du pays en dépend. Dans ce cadre,  les budgets adoptés par l’exécutif ne  seraient réellement pertinents que s’ils établissent une voie claire vers la mise à niveau de l’école publique.

Si l’endettement  ne sert pas la cause de l’éducation-formation et de la productivité, de la croissance et du décollage économique, s’il ne permet pas de sortir du surplace porteur fatalement de recul,  la dette risque de devenir insoutenable et de se transformer en piège. Les conséquences d’un tel scénario  pourraient peser lourd sur un pays pendant longtemps, bien après le passage de ceux qui étaient aux commandes. L’endettement des générations futures est tout sauf un bon projet. Cela vire a plus qu’une prise de dette…

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