Logistique: Voie Express… mais pas pour le colis !

Véhicules de livraison de la Voie Express
On ne sait plus très bien s’il faut parler de livraison, de transit ou d’expédition scientifique…


Au Maroc, certains colis voyagent moins vite que les bonnes excuses du livreur. Mais rassurez-vous : le service, lui, s’appelle La Voie Express tombée récemment dans l’escarcelle de Khoukom Moncef ! 

Mardi 1er septembre. Un colis quitte Fès, direction Casablanca. Rien de bien folichon : deux grandes villes marocaines, quelques centaines de kilomètres, et un prestataire qui se targue d’un nom ronflant. Express, donc. Il faudra songer à actualiser le dictionnaire.
Le pli devait arriver rapidement. Il a préféré entamer une carrière dans la grande épopée de la logistique locale, cette discipline où un paquet peut frôler son destinataire tout en restant, sur le plan administratif, à des années-lumière.

Premier acte, vendredi 4 septembre. Trois jours après l’expédition, un livreur daigne appeler pour réclamer… l’adresse de livraison. Question aussi saugrenue que révélatrice : quand on exerce dans la messagerie, on imagine que le lieu de dépôt figure quelque part sur le bordereau. Mais non, apparemment, c’est au client de réciter sa propre adresse, comme à l’école primaire.


L’interlocuteur en réunion  ne peut répondre sur-le-champ. Il rappelle deux heures plus tard, géolocalisation à l’appui. Le livreur, magnanime, promet une livraison dans l’après-midi, ou au pire lundi matin. Nous voilà rassurés. Erreur monumentale.
Vendredi après-midi : rien. Lundi matin : rien. Mardi : toujours rien. Notre colis a décidé visiblement de prendre  un congé  sans prévenir. Nouvel appel au livreur. Explication magnifique : impossible de livrer lundi, car il avait… une livraison dans un autre quartier! Ah, voilà donc la martingale de l’express : on livre quand on a fini de livrer ailleurs. Une logique imparable, pour peu qu’on ait renoncé à la chronologie. Mardi, on retente le numéro du livreur. Silence de plomb. Le téléphone sonne dans le vide interstellaire. Il est peut-être en livraison, peut-être en réunion, peut-être en train de méditer sur un autre quartier. Mystère.

Une belle évolution

Il est temps de remonter la filière. Trouver La Voie Express elle-même. Sur le site, un numéro de portable. Injoignable. On fouille, on déniche un standard. Après maints essais, miracle : une voix humaine. On expose les faits avec une mansuétude confondante. L’aimable standardiste nous refile le GSM d’une autre âme censée débloquer la situation. On appelle. Ça sonne. Ça sonne encore. Personne.
Le colis, lui, poursuit son grand voyage spirituel entre Fès et Casablanca. À ce stade, on ne sait plus s’il s’agit de livraison, de transit ou d’expédition scientifique.

Car le vrai scandale, ce n’est pas le retard. Un incident de parcours, une panne, un embouteillage, une surcharge, on peut comprendre. Ce qui devient franchement insupportable, c’est l’abandon pur et simple. Un retard s’excuse, s’explique, s’assume. Mais quand c’est au client de jouer les détectives, de multiplier les appels, de relancer un fantôme au téléphone et de quémander un peu d’humanité dans une entreprise censée  livrer, on touche le fond.

Dans une boîte de livraison, le client ne devrait pas avoir à organiser lui-même l’acheminement de son propre bien. Encore moins à devenir logisticien bénévole.
Le comble, évidemment, est dans le nom : La Voie Express. Express pour qui ? Pas pour le colis, manifestement. Pas pour le client, qui attend, relance, patiente, compose des numéros et écoute des promesses qui s’évanouissent plus vite qu’elles ne sont proférées. Peut-être pour le livreur, quand il file vers un autre quartier. « Depuis 1997, La Voie Express n’a cessé d’évoluer pour devenir un acteur majeur de la logistique au Maroc » , lit-on sur le site web de l’entreprise.

Depuis 1997 ? Voilà donc bientôt trente ans d’« évolution » pour en arriver là : à ne toujours pas savoir décoder un bordereau, à laisser sonner son standard dans le vide intersidéral, et à faire d’un trajet de trois cents kilomètres une odyssée philosophique. Évoluer, certes, mais à reculons. « Acteur majeur », dites-vous ? Sans doute, mais sur la scène d’un vaudeville absurde, où le livreur joue les absents, le standard les muets, et le client, pendu au combiné, le seul rôle crédible. Majeure, la Voie Express. En 1997, on ignorait encore la géolocalisation ; en 2026, on l’utilise… pour vous demander votre adresse. Une belle évolution, en effet.
On pourrait rebaptiser l’enseigne : La Voie Expresso… mais sans café ni livraison.
Car du mardi 1er au mardi 8 septembre, une semaine entière s’est écoulée pour un trajet Fès-Casablanca et l’attente dure encore.

À ce rythme, le colis n’est plus un colis : c’est un projet à long terme ! Et quand un simple envoi entre deux grandes villes exige autant de temps, de patience, de coups de fil et de persévérance, une question s’impose : qui, au juste, livre le client ? Le livreur ? Le standard ? La géolocalisation ? Le client lui-même, finalement ? Dans ce bourbier, le plus long trajet, finalement, n’est pas celui du colis : c’est celui qui mène au professionnalisme. Et celui-là semble ne jamais arriver à destination!

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