Ahmed Zoubaïr
Le 21 août, le Maroc célèbre la Fête de la Jeunesse, qui coïncide avec l’anniversaire de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Dans le calendrier national, cette journée occupe une place singulière : elle associe la célébration de la personne du Souverain à une question autrement plus vaste, celle de la jeunesse, de ses aspirations et de sa place dans le Maroc de demain. Mais au-delà des cérémonies, des discours et des messages de circonstance, cette fête pose une question éminemment politique : quel avenir le Maroc est-il réellement en mesure d’offrir à sa jeunesse ? Car la jeunesse marocaine est différente de celle des générations précédentes. Elle est plus connectée, plus informée, plus mobile et, parfois aussi, plus impatiente.
Elle compare, observe et juge. Elle ne se contente plus des promesses : elle veut des résultats, des perspectives et surtout la possibilité de construire sa vie dans son propre pays. Cette génération porte en elle une formidable énergie. Elle entreprend, innove, crée, voyage, se forme et investit de nouveaux espaces économiques et culturels. Mais elle exprime également des frustrations profondes : difficulté d’accès à l’emploi, sentiment de déclassement, vie chère, inégalités territoriales, accès au logement, qualité de l’enseignement ou encore fossé entre les corps intermédiaires et une bonne partie de la société. C’est là que la Fête de la Jeunesse prend une dimension politique. Une politique de jeunesse ne peut pas se résumer à une succession de programmes. Elle doit être fondée sur une politique de confiance. Faire confiance aux jeunes, c’est leur donner les moyens de prendre des initiatives, mais aussi accepter qu’ils questionnent les modèles établis, qu’ils critiquent les décideurs et qu’ils réclament davantage de transparence et d’efficacité.
Le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts considérables. Sa transformation économique, ses infrastructures, son ouverture internationale, ses grands projets et son positionnement croissant dans les secteurs de l’industrie, du numérique, du tourisme ou des énergies renouvelables offrent de nouvelles perspectives. Mais ces avancées ne prendront tout leur sens que si elles se traduisent par une amélioration perceptible de la vie quotidienne et par une véritable mobilité sociale. Le véritable défi est donc de transformer la croissance en opportunités et les opportunités en destins individuels. Il ne suffit pas de demander aux jeunes de croire en leur pays. Il faut aussi leur donner des raisons concrètes d’y croire.
Cela passe par l’école, d’abord. Une école capable non seulement de transmettre des connaissances, mais de former des citoyens autonomes, curieux et dotés d’un esprit critique. Cela passe par l’emploi, ensuite: un emploi digne, qualifié et suffisamment rémunérateur pour permettre à une génération de se projeter dans l’avenir. Cela passe encore par la culture, le sport, l’entrepreneuriat, l’innovation et la participation à la vie publique. Et surtout, cela passe par les territoires.Car la jeunesse marocaine n’a pas les mêmes perspectives selon qu’elle vit à Casablanca, à Oujda, à Agadir, à Dakhla, Tata, dans le Rif, le Moyen Atlas ou dans un village éloigné des grands centres urbains. La question de la jeunesse est aussi une question d’équité territoriale. Le Maroc de demain ne pourra être réellement prospère si une partie de sa jeunesse a le sentiment que l’avenir se trouve nécessairement ailleurs : dans un autre pays ou derrière un écran.
Le Maroc de demain ne pourra être réellement prospère si une partie de sa jeunesse a le sentiment que l’avenir se trouve nécessairement ailleurs.
La Fête de la Jeunesse devrait donc être davantage qu’un rendez-vous protocolaire. Elle pourrait devenir chaque année un moment national de vérité sur la condition de la jeunesse marocaine: où en sommes-nous ? Qu’avons-nous réussi ? Qu’avons-nous échoué à faire ? Que demandent réellement les jeunes ? Et surtout, quelle place sommes-nous prêts à leur donner dans la décision publique ?
Le sujet est d’autant plus important que le Maroc entre dans une période où les ambitions nationales sont considérables. Les grands rendez-vous internationaux, les investissements, la transformation numérique, le développement des territoires et les mutations économiques peuvent constituer un formidable accélérateur. Mais aucun grand projet ne saurait remplacer une politique de confiance envers les citoyens. La jeunesse ne demande pas nécessairement que tout lui soit donné.
Elle demande surtout que les règles du jeu soient lisibles, que le mérite soit reconnu et que l’effort puisse réellement ouvrir des portes. C’est peut-être là le meilleur hommage que l’on puisse rendre à une jeunesse nationale : ne pas la considérer uniquement comme une population à encadrer, à former ou à employer, mais comme une force politique, économique, sociale et culturelle capable de participer pleinement à la construction du pays. Le 21 août célèbre un anniversaire. Mais il devrait aussi nous rappeler une évidence : un pays ne prépare pas son avenir uniquement avec ses infrastructures et ses grands projets. Il le prépare avec sa jeunesse. Et l’avenir du Maroc sera d’autant plus solide que cette jeunesse ne sera pas seulement spectatrice des transformations du pays, mais qu’elle en sera l’une des principales actrices.








