La crise entre les États-Unis et l’Iran connaît une nouvelle escalade militaire. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les forces américaines ont lancé une vaste campagne de frappes contre des installations militaires iraniennes.
JAMIL MANAR
En représailles, les Gardiens de la révolution ont revendiqué une série d’attaques contre plusieurs bases américaines au Koweït et à Bahreïn, faisant craindre un embrasement généralisé du Golfe.
Selon les médias officiels iraniens, les bombardements américains ont fait au moins quatre morts, dont trois dans l’ouest du pays. Les frappes ont visé des infrastructures militaires sensibles réparties sur plusieurs provinces, alors que Washington entend empêcher l’Iran de transformer le détroit d’Ormuz en levier de pression géopolitique. Depuis plusieurs semaines, Téhéran affirme vouloir imposer ses propres règles de navigation dans ce corridor maritime par lequel transite près d’un cinquième des exportations mondiales de pétrole ainsi qu’une part considérable du commerce international de gaz naturel liquéfié (GNL). Les autorités iraniennes menacent désormais les navires qui empruntent des routes maritimes qu’elles jugent non conformes aux itinéraires qu’elles autorisent. L’armée américaine accuse par ailleurs l’Iran d’avoir ciblé, mardi, au moins trois navires marchands naviguant dans cette zone hautement sensible.
Le président américain, Donald Trump, a revendiqué personnellement cette nouvelle offensive sur son réseau Truth Social, la présentant comme une réponse directe aux attaques iraniennes contre des navires commerciaux.
« Ces frappes sont une réponse aux bombardements de navires menés hier par l’Iran. Si cela se reproduit, la riposte sera bien plus sévère », a-t-il averti.
Le Pentagone a indiqué que près de 90 objectifs militaires avaient été touchés. Les opérations ont notamment visé des batteries de défense antiaérienne, des centres de surveillance côtière, des dépôts de missiles balistiques, des infrastructures de drones ainsi que plusieurs installations militaires situées sur la façade sud de l’Iran.
Selon l’armée américaine, cette opération vise à « réduire durablement les capacités de l’Iran à menacer la liberté de navigation, le trafic maritime international et la sécurité des équipages civils dans le détroit d’Ormuz».
Malgré cette démonstration de force, les autorités iraniennes maintiennent une ligne inflexible. Mohammad Bagher Ghalibaf, principal négociateur de Téhéran dans les discussions avec Washington, a réaffirmé que le détroit d’Ormuz resterait ouvert uniquement « selon les modalités définies par l’Iran et non sous la pression des menaces américaines ».
La réaction de Téhéran n’a pas tardé. Dans un communiqué diffusé par la télévision d’État, les Gardiens de la révolution ont annoncé avoir lancé une salve de drones et de missiles contre plusieurs installations militaires américaines dans le Golfe.
Les bases d’Arifjan et d’Ali Al-Salem, au Koweït, ainsi que celles de Juffair et de Sheikh Isa, à Bahreïn, ont été visées. Les responsables militaires iraniens préviennent que toute nouvelle frappe américaine entraînera une extension des représailles à d’autres bases américaines déployées dans la région.
Les autorités koweïtiennes affirment que leurs systèmes de défense aérienne ont intercepté plusieurs missiles et drones hostiles avant qu’ils n’atteignent leurs cibles.
À Bahreïn, plusieurs explosions ont été entendues et les sirènes d’alerte aérienne ont retenti à deux reprises, poussant la population à se mettre à l’abri. Le Qatar a également diffusé une alerte de sécurité exceptionnelle invitant les habitants à rester vigilants face à une menace régionale élevée.
La fragile trêve vole en éclats
Cette nouvelle flambée de violence intervient à peine quelques semaines après la signature, le 17 juin, d’un protocole d’accord entre Washington et Téhéran qui avait permis la réouverture du détroit d’Ormuz et offert un répit aux marchés énergétiques.
Cet accord avait relancé les négociations diplomatiques destinées à mettre un terme au conflit déclenché le 28 février par les frappes israélo-américaines contre des installations iraniennes.
Mais les violents échanges militaires de ces derniers jours semblent avoir définitivement enterré cette tentative d’apaisement. Mercredi, Donald Trump a estimé que le cessez-le-feu était désormais « terminé », tout en affirmant que les affrontements prendraient fin « très rapidement » si l’Iran renonçait à ses actions contre la navigation internationale.
Au-delà des conséquences militaires, cette nouvelle escalade fait planer une menace directe sur l’approvisionnement énergétique mondial. Le détroit d’Ormuz constitue le principal corridor d’exportation des hydrocarbures du Golfe. La moindre perturbation de la navigation dans cette zone provoque une réaction immédiate des marchés.
Les opérateurs redoutent désormais une nouvelle flambée des cours du pétrole et du gaz, tandis que les compagnies maritimes renforcent leurs mesures de sécurité. Plusieurs armateurs envisagent déjà de modifier leurs itinéraires afin de limiter leur exposition aux risques dans le Golfe, alimentant les craintes d’une nouvelle onde de choc sur l’économie mondiale.








