Bac version 2026 Entre Big Brotheret ChatGPT

Saliha Toumi

Le ministère de l’Éducation nationale a décidé de déclarer la guerre… aux téléphones portables. Pour le Bac 2026, prévu les 4, 5 et 6 juin, le département de Mohamed Saad Berrada promet un dispositif digne d’un sommet du G20, d’une opération antiterroriste et d’un épisode de science-fiction, le tout pour empêcher les candidats de consulter discrètement ChatGPT entre deux épreuves de philosophie. Cette année, la grande vedette du baccalauréat ne sera ni la dissertation ni les mathématiques, mais un arsenal de 2 000 détecteurs électroniques capables de repérer un téléphone allumé depuis l’extérieur d’une salle. Oui, désormais, le surveillant pourra rester à la porte, bras croisés, regard grave, tel un chasseur de fantômes numériques, en annonçant : « Il y a un Samsung actif au fond à gauche. » Le ministère explique que cinq minutes suffisent pour qu’un sujet d’examen se retrouve sur Internet, où l’intelligence artificielle produit aussitôt des réponses complètes. À ce rythme, bientôt l’élève n’aura même plus besoin de venir au centre d’examen : son smartphone composera, argumentera et demandera peut-être même une mention très bien à sa place.

Mais l’innovation ne s’arrête pas là. Chaque candidat disposera désormais d’un code spécial permettant de suivre son parcours de A à Z. Une sorte de bracelet électronique pédagogique. On ignore encore si l’élève recevra aussi une géolocalisation en temps réel et un mot de passe ADN pour accéder à sa copie.

https://youtu.be/NPvVfaGgxP

Pour encadrer les 520 000 candidats, le ministère mobilise 150 000 enseignants, 26 000 salles et plus de 2 000 centres d’examen. Une logistique comparable à une Coupe du monde, sauf qu’ici, les supporters stressent devant une épreuve de SVT et qu’un simple stylo quatre couleurs peut être considéré comme une arme technologique suspecte.

Et parce qu’aucune dystopie moderne n’est complète sans intelligence artificielle, le ministère a également décidé de faire corriger… les correcteurs. Désormais, des algorithmes vérifieront si les enseignants ont ajouté ou oublié des points. Après des années à surveiller les élèves, voici donc les professeurs surveillés par des robots. Le prochain objectif sera probablement de mettre les copies sous scanner IRM pour détecter les hésitations métaphysiques dans les réponses.

Officiellement, tout cela vise à garantir l’égalité des chances. Officieusement, le Bac marocain ressemble de plus en plus à un aéroport international: détection électronique, traçabilité, contrôle permanent et suspicion généralisée. Il ne manque plus qu’un agent annonçant au micro: « Le candidat numéro 4587 est prié de vider ses poches et de retirer sa calculatrice connectée.»

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