Après avoir promis de mettre l’Iran à genoux, Donald Trump en est réduit à quémander un accord qui tarde à venir. Entre négociations laborieuses, tensions persistantes dans le détroit d’Ormuz et réticence américaine à s’engager davantage sur le terrain, Téhéran donne le sentiment de dicter le tempo d’un bras de fer dont Washington espérait pourtant écrire seul le scénario.
Ahmed Zoubaïr
Il y a peu, Donald Trump promettait à l’Iran l’« enfer », une reddition sans conditions, l’anéantissement de ses ambitions stratégiques et l’anéantissement tout court . Quelques mois plus tard, le même homme multiplie les déclarations optimistes : un accord « quasiment bouclé », « largement négocié » ou « imminent ». Problème : à chaque annonce triomphale de Washington, Téhéran répond que quelques détails restent encore à régler. Les discussions piétinent, les exigences iraniennes demeurent inchangées, et les sanctions américaines sont toujours en vigueur. Résultat : ce fameux accord ressemble de plus en plus à un mirage diplomatique. Le plus ironique est sans doute l’inversion du rapport de force narratif. Celui qui promettait la soumission de l’adversaire se retrouve aujourd’hui à justifier la nécessité de signer un compromis avec lui.
Celui qui exigeait une capitulation se contente désormais de l’ouverture du détroit d’Ormuz et d’un cessez-le-feu prolongé. Quant à l’Iran, malgré les frappes subies, l’assassinat de ses dirigeants, la persistance de l’embargo et les pressions économiques, il continue d’utiliser son principal atout : sa capacité à perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, véritable artère énergétique mondiale. Chaque tension sur cette route stratégique suffit à faire flamber les prix du pétrole et à rappeler que la géographie pèse parfois plus lourd que les discours. Au final, l’histoire retiendra peut-être cette étrange séquence où la première puissance mondiale, après avoir promis de remodeler le Moyen-Orient à coups de bombardements et d’ultimatums, s’est retrouvée dépendante de la signature d’un accord que son adversaire ne semble pas pressé de conclure. En réalité, Washington se heurte à une réalité bien moins spectaculaire que les conférences de presse présidentielles : la guerre coûte très cher.

Après des mois de frappes, d’interceptions de missiles et de déploiements massifs dans le Golfe, plusieurs rapports et experts américains tirent la sonnette d’alarme sur l’état des stocks de munitions stratégiques. Missiles Patriot, intercepteurs THAAD, Tomahawk et autres fleurons de l’arsenal américain ont été consommés à un rythme qui inquiète désormais le Pentagone. Certains spécialistes estiment qu’il faudra plusieurs années pour reconstituer certaines réserves. La première puissance militaire mondiale découvre à son tour les limites de la guerre d’usure. Les États-Unis disposent certes encore d’une capacité de frappe colossale, mais chaque missile tiré vers l’Iran est un missile qui manquera ailleurs, notamment en Asie face à la Chine ou en Europe pour soutenir leurs alliés. Surtout, l’option qui permettrait classiquement de remporter définitivement une guerre – l’engagement massif de troupes au sol – est politiquement toxique. Après les traumatismes de l’Irak et de l’Afghanistan, l’opinion publique américaine ne veut plus entendre parler d’une nouvelle aventure militaire au Moyen-Orient.
Les sondages font état d’une forte hostilité à l’idée d’une invasion terrestre de l’Iran, un pays de près de 90 millions d’habitants et dont la superficie dépasse trois fois celle de l’Irak. Bilan : Washington possède la puissance nécessaire pour frapper, détruire et sanctionner, mais beaucoup moins de marge pour imposer une victoire politique décisive. Téhéran l’a parfaitement compris. Et c’est peut-être là que réside aujourd’hui sa principale victoire : avoir transformé l’hyperpuissance américaine en négociateur pressé de conclure un accord, pendant que la République islamique, elle, continue de faire monter les enchères.
Au Moyen-Orient, le rapport de force ne se mesure pas seulement au nombre d’avions ou de missiles. Il se mesure aussi à la capacité d’endurer le temps qui passe. Et sur ce terrain, les dirigeants iraniens semblent convaincus que l’horloge travaille davantage pour eux que pour Donald Trump.








