Didier Deschamps: Une sortie indigne de son héritage

Didier Deschamps, le spectacle de ses poulains n’était pas bel à voir…

Humiliés par l’Angleterre lors de la petite finale samedi 18 juillet , les Bleus battus 6-4 n’ont pas offert à leur sélectionneur les adieux qu’il méritait. 

Jamil Manar

À voir ce 6-4, on aurait presque cru assister à une finale de Wimbledon. Mais c’est bien l’équipe de France de football qui a quitté la compétition sur un score aussi spectaculaire qu’humiliant.

Il est 20 h 34 à Miami, ce samedi 18 juillet, lorsque Didier Deschamps quitte définitivement la scène. Quelques instants après la défaite des Bleus face à l’Angleterre lors de la petite finale de la Coupe du monde, le sélectionneur français met un point final à quatorze années d’un règne qui aura profondément marqué l’histoire du football français. Dans une salle de presse empreinte d’émotion, les applaudissements accompagnent celui qui, fidèle à lui-même, glisse avec un sourire : « J’aime toujours avoir le mot de la fin. Je vous souhaite le meilleur et comme le meilleur est toujours à venir, c’est devant vous. »

Cette ultime conférence de presse contraste pourtant avec l’image laissée quelques minutes plus tôt sur la pelouse. Le 185ᵉ et dernier match de Didier Deschamps à la tête des Bleus restera comme l’un des plus douloureux de son mandat. Battue après une demi-finale perdue contre l’Espagne (0-2), l’équipe de France s’est effondrée face à l’Angleterre dans un scénario que peu d’observateurs auraient imaginé. La première période a tourné au cauchemar : quatre buts encaissés, une défense désorganisée, un milieu dépassé et une attaque sans inspiration. À 4-0 à la pause, les Bleus donnaient l’impression d’avoir abandonné le combat avant même de l’avoir livré.

Plus qu’une défaite, c’est l’attitude affichée durant ces quarante-cinq premières minutes qui interroge. Les internationaux français, pourtant parmi les meilleurs joueurs de leurs championnats respectifs et évoluant dans les plus grands clubs européens, ont offert une prestation sans âme, sans intensité et sans révolte. Beaucoup y verront une véritable grève de zèle collective, indigne du maillot bleu et de l’exigence du très haut niveau.

Cette sortie laisse un goût amer, non pas tant pour le résultat que pour le manque de respect qu’elle semble traduire envers celui qui a consacré quatorze années de sa vie à bâtir un collectif capable de conquérir les plus grands trophées. Didier Deschamps avait réussi, au fil des générations, à façonner une équipe soudée, disciplinée et compétitive, réunissant certains des meilleurs talents du football mondial autour d’un projet commun. Champion du monde en 2018, finaliste de l’Euro 2016 et de la Coupe du monde 2022, vainqueur de la Ligue des nations, il aura constamment maintenu la France parmi les grandes puissances du football international.

Un tel héritage méritait une toute autre sortie. Les joueurs avaient le devoir moral d’offrir à leur sélectionneur un dernier combat à la hauteur de son parcours, quelles que soient les circonstances sportives. Au lieu de cela, ils ont laissé l’Angleterre imposer son rythme et son réalisme, transformant cette petite finale en démonstration à sens unique durant toute la première période. Le sursaut d’orgueil observé après la pause n’aura servi qu’à atténuer la lourdeur du score, sans effacer l’impression d’un rendez-vous manqué qui a tourné à l’avantage des coéquipiers de Bellingham. ( 6-4).  

Au-delà du palmarès exceptionnel et des records, on retiendra surtout de Didier Deschamps son humilité, sa sobriété et cette bonhomie communicative qui ont fait de lui un homme profondément respecté, bien au-delà des terrains. Jamais dans l’excès, toujours au service du collectif, il a incarné une certaine idée du football, faite de travail, de discrétion et d’exigence. Dans un univers souvent dominé par les ego et les déclarations fracassantes, Deschamps aura privilégié l’efficacité à la lumière des projecteurs, laissant parler les résultats plutôt que les discours. Cette élégance dans la victoire comme dans la défaite constitue sans doute l’un des plus beaux héritages qu’il lègue au football français.

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