L’abandon du très controversé projet de la FIFA visant à ouvrir son activité commerciale à des investisseurs extérieurs, notamment américains proches de Donald Trump, n’aura finalement pas suffi à désamorcer la crise.
Ahmed Zoubaïr
Loin de considérer ce spectaculaire rétropédalage comme une victoire suffisante, l’UEFA maintient la pression et refuse tout retour à la normale. Plus qu’un désaccord ponctuel, c’est une véritable crise de confiance qui oppose les deux principales puissances du football mondial.
Jeudi 6 août, l’instance européenne a confirmé qu’elle ne reviendrait pas sur sa menace de boycotter les compétitions organisées par la FIFA, y compris les Coupes du monde, tant que les conditions qu’elle juge indispensables ne seront pas réunies.
Pour l’UEFA, le retrait du projet controversé ne constitue qu’un premier pas. La véritable question est ailleurs : comment garantir qu’une telle initiative, perçue comme une remise en cause de l’essence même du football, ne puisse jamais refaire de nouveau surface ? « Les fédérations membres de l’UEFA ont été très claires sur les conditions liées à leur non-participation aux compétitions de la FIFA », rappelle l’organisation, estimant que ces garanties n’ont toujours pas été apportées.
En filigrane, le message est sans équivoque : ce n’est pas seulement le projet qui est contesté, mais la gouvernance de Gianni Infantino elle-même. L’UEFA affirme sans détour avoir « perdu confiance dans la présidence de Gianni Infantino », signe que le différend dépasse la simple divergence stratégique pour se transformer en crise institutionnelle.
La veille pourtant, réunie à Rabat, la direction de la FIFA avait tenté d’éteindre l’incendie. Reconnaissant des «erreurs » dans la gestion de ce dossier, elle avait présenté ses excuses et annoncé l’abandon définitif du projet. Dans le même communiqué, elle réaffirmait toutefois son « plein soutien » à son président, rappelant qu’il demeure le seul dirigeant élu par les 211 fédérations membres de la FIFA.
Un argument qui ne convainc guère l’UEFA qui dans une réponse particulièrement cinglante tacle cette démonstration de soutien, estimant que l’union autour de Infantino émane essentiellement de collaborateurs dont « les carrières dépendent des faveurs du président de la FIFA »!
Ce propos, à rebours du langage diplomatique, est une véritable attaque frontale contre Gianni Infantino. L’UEFA ne se contente pas de contester le communiqué de soutien publié par la FIFA : elle le piétine avec une rare virulence. Une charge inhabituelle dans les relations entre les grandes institutions sportives, qui en dit long sur l’ampleur de la rupture. Plus qu’un désaccord sur un projet, c’est la légitimité et le mode de gouvernance de Gianni Infantino qui sont ouvertement remis en cause par les dirigeants du football européen.
Cette confrontation révèle surtout une lutte d’influence bien plus profonde. Derrière le débat sur l’ouverture du capital commercial de la FIFA se joue en réalité une bataille pour le contrôle de la gouvernance du football mondial. D’un côté, une FIFA qui revendique sa légitimité universelle et son autonomie décisionnelle. De l’autre, une UEFA qui entend défendre un modèle de gouvernance qu’elle considère plus respectueux des équilibres sportifs et institutionnels.
À quelques mois de l’élection présidentielle de mars 2027, pour laquelle Gianni Infantino est, à ce jour, le seul candidat déclaré – il ne le sera certainement pas pour longtemps – cette motion de défiance prend une dimension politique inédite. Le président de la FIFA semble solidement installé grâce au soutien d’une majorité des 211 associations nationales. Pourtant, son autorité est aujourd’hui frontalement contestée par l’organisation la plus influente du football mondial, qui regroupe les fédérations les plus puissantes sur les plans sportif, économique et médiatique.
Une question coule de source : qui a réellement peur de Gianni Infantino ? Est-ce l’UEFA, inquiète de voir la FIFA concentrer toujours davantage de pouvoirs et redessiner les règles du football mondial ? Ou bien est-ce la FIFA qui redoute désormais l’émergence d’un front européen capable de remettre en cause son leadership ? Une chose est certaine : le retrait du projet inspiré par Trump n’a pas refermé la fracture. Il en a simplement révélé la profondeur.
Derrière l’attaque de l’UEFA se dessine une autre lecture de la crise. Au-delà du rejet du projet controversé, l’instance européenne semble vouloir peser sur le rapport de force en vue de la prochaine élection à la présidence de la FIFA. Son objectif est, semble-t-il, de fragiliser Gianni Infantino pour favoriser l’émergence d’un candidat plus en phase avec sa vision de la gouvernance du football mondial. Une chose est sûre : dans cette bataille institutionnelle féroce, la défense des principes cache mal la volonté d’influencer l’avenir de la plus puissante organisation sportive de la planète. L’UEFA sort pour le moment le carton jaune qui peut virer au rouge…








